À l’ouverture de son procès devant la cour d’assises spéciale de Paris, Othman Garrido a admis lundi ne reconnaître qu’« partiellement » une partie des actes qui lui sont imputés. Le Montpelliérain de 32 ans répond d’assassinat et de meurtres commis en Irak et en Syrie, sur le territoire de l’ancien « califat » de l’organisation État islamique (EI). Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
« Je reconnais partiellement quelques faits qui me sont reprochés mais pas la totalité. Je reconnais avoir fait partie de Daesh, avoir participé à quelques combats, avoir assisté à une scène de décapitation », a déclaré l’accusé, qui s’est exprimé calmement pendant une vingtaine de minutes. Concernant une troisième victime demeurée non identifiée, il a nié en avoir été le décapiteur.
Extradé vers la France en 2020 après son arrestation en Turquie, au terme de huit années en zone irako-syrienne, il a dit avoir entamé dès 2021 une « remise en question » et avoir « parcouru du chemin » pour s’éloigner de l’idéologie jihadiste. « Le jihadisme, je connais très très bien, j’ai grandi dedans », a-t-il indiqué. Sa famille, ultra-radicalisée sous l’impulsion du père — un Français converti à l’islam, mort en se faisant exploser en Syrie en 2016 — avait quitté la France pour s’installer en Syrie à partir de 2012 : la mère, marocaine, ses frères et deux sœurs. Ses deux frères sont morts au combat.
« J’ai été formaté, j’ai vécu dans un monde parallèle », a poursuivi l’accusé, dont la scolarité s’est arrêtée à 12 ans. Un expert entendu lundi a parlé d’une famille « coupée de la société » et de ressemblances avec « les mécanismes sectaires ». « J’arrive à un moment où j’ai besoin de me faire entendre et de m’exprimer, j’ai besoin aussi de demander pardon aux victimes », a affirmé Othman Garrido, en rejetant l’idée d’avoir occupé un rôle de premier plan au sein de l’EI ou d’être « une figure du jihadisme ».
Pièces centrales de l’accusation
Pour l’accusation, il a pourtant compté parmi les membres importants de l’organisation, y compris au sein de l’Amni, le service de sécurité intérieure — ce qu’il conteste. Au cœur du dossier figurent des photographies tirées d’un téléphone attribué à son épouse, unie religieusement à lui à 13 ans dans les zones tenues par l’EI et mère de leurs deux enfants. Les autorités américaines ont transmis ces clichés aux enquêteurs français.
L’une des images montre un homme au visage en partie dissimulé par un foulard, posant près d’un corps décapité, la tête de la victime à ses pieds. Index levé vers le ciel — signe d’allégeance à l’EI — et mains tachées de sang, il peut, selon l’enquête, être tenu pour l’auteur de l’assassinat. Othman Garrido a concédé une ressemblance tout en niant de façon constante être l’homme photographié.
Un second volet concerne l’exécution publique, en 2015 à Al-Qaryatayn (Syrie), de deux Iraniens. Plusieurs clichés le montrent souriant, les mains sur les épaules des deux bourreaux présumés — les jihadistes français Yacine Rettoun et Oumar Diaw, tous deux présumés morts depuis. D’autres le font apparaître dans le pick-up qui conduit les condamnés jusqu’au lieu de leur mise à mort. Il a reconnu sa présence à l’exécution, tout en s’interrogeant sur la qualification : « est-ce que c’est complicité ou coaction ? On en discutera plus tard. »


