Devant des malades, à Lourdes, Léon XIV a cessé les formules de circonstance. Au troisième jour de sa visite en France, le 27 septembre, il a dit ce que l’Église dit depuis toujours, et que le vote d’une loi ne change pas : donner la mort n’est pas un soin, et ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.
La scène se tenait à l’accueil Notre-Dame, au cœur du sanctuaire. Dans la foule, une femme poussait le fauteuil de sa mère, le corps abîmé par un syndrome dégénératif. Un homme avançait avec des béquilles, relié à une bouteille d’oxygène. C’est à eux, et non à une assemblée politique, que le pape s’est adressé. « Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. »
La loi visée est celle sur l’aide à mourir, adoptée par le Parlement au milieu de l’été. Léon XIV n’a pas tourné autour. « C’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal le fait de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »
La phrase est nette, et elle est juste. Une majorité peut autoriser un acte. Elle ne le rend pas bon. La dignité d’un malade ne dépend ni de son autonomie, ni de l’intensité de sa douleur, ni du coût de sa prise en charge. Elle ne se perd pas quand le corps se dégrade. Prétendre le contraire, c’est faire de la compassion un mot pour couvrir un abandon.
Le pape s’est aussi tourné vers les soignants. Leur vocation, a-t-il dit, est de « veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer ». Le glissement est là, exactement : appeler soin ce qui consiste à faire mourir. Il a étendu le même refus à l’autre bout de la vie. « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel ou tel embryon, ou de telle personne âgée. Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée. » Embryon ou vieillard, le principe ne change pas. On ne trie pas les vies.
La réponse qu’il a indiquée n’est pas l’abstention. Sous les applaudissements, il a demandé de développer « sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche », et d’« accompagner avec tendresse les malades ». C’est l’inverse de la mort programmée : rester, soulager, ne pas déclarer qu’une vie est devenue de trop. L’institut Jeanne-Garnier, haut lieu parisien des soins palliatifs, avait un temps été envisagé dans le voyage, avant d’être retiré du programme au cœur de l’été. Le propos, lui, est resté.
Lourdes n’était pas un décor choisi au hasard. On y vient pour une source, une grotte, parfois un miracle — Bernadette Moriau, 87 ans, guérie en 2008 d’une maladie paralysante, est la 70e miraculée reconnue du sanctuaire. On y vient surtout, comme le disait une religieuse présente, pour du réconfort. Dire à ces malades que leur dignité ne dépend d’aucune loi, c’est tenir le seul discours qui ne les diminue pas.
Plus tôt, Léon XIV avait célébré la messe devant 150 000 personnes sur la prairie du sanctuaire, et appelé à la conversion : « C’est aujourd’hui, pas demain. » Le rappel sur la mort programmée relève du même ordre. Il ne s’agit pas d’un incident de parcours diplomatique. Il s’agit de refuser qu’une société s’habitue à supprimer ceux qu’elle ne sait plus accompagner. Sur ce point, le pape a encore une fois raison, et il l’a dit à l’endroit où cela se voit : devant les malades.


