Dimanche, l’ancien Premier ministre, celui qu’on n’a pas vu gagner une élection depuis… jamais, a déclaré sur BFMTV : « Je veux être candidat à l’élection présidentielle, oui bien sûr. » Puis, comme il ne faut jamais se précipiter quand on est à 2 % dans les sondages, il a ajouté qu’il confirmerait « quand la campagne électorale aura commencé ». En 2026, pour 2027. Le teasing le plus long de la Ve République continue. On attend encore le teaser du teaser.
Le vrai sujet, évidemment, n’était pas sa candidature fantôme. C’était Édouard Philippe. Le maire du Havre a eu le mauvais goût d’aller à Mayotte et d’y parler d’immigration. Pire : il a évoqué un moratoire, le droit du sol, le droit d’asile, le regroupement familial. Villepin s’est lamenté : « On est en France, à Mayotte. » Merci pour l’info géographique. Si on touche au droit d’asile à Mayotte, qu’est-ce qu’on fera dans l’Hexagone ? La question est posée avec cette gravité de diplomate qui n’a plus de ministère depuis vingt ans.
Traduction : Mayotte est française, donc on n’y change rien. Même si l’île explose. Même si le droit du sol y produit des effets que tout le monde voit. Même si Philippe, membre d’un « parti républicain », ose dire tout haut ce que des milliers de Mahorais répètent depuis des années. Pour Villepin, c’est de la « surenchère ». Et la surenchère, c’est Le Pen. Donc Philippe fait le jeu de Le Pen. La démonstration est implacable : dès qu’on parle frontière, on est RN. Dès qu’on ne parle de rien, on est républicain.
Le référendum sur l’immigration proposé par Bardella ? Enième surenchère, « en dehors des règles républicaines ». Les primaires ? « Dernier gadget des désespérés. » On appréciera l’autoportrait involontaire. L’homme à 2 %, qui refuse le vote des militants, qui ne se déclare pas encore, qui n’a « rien de sérieux à se mettre sous la dent » — sauf lui-même — donne des leçons de sérieux à toute la classe politique.
Villepin n’est pas candidat. Il « veut » l’être. Il le confirmera plus tard. En attendant, il occupe l’antenne, accuse les autres de jouer le jeu de Marine Le Pen, et rappelle que Mayotte, c’est la France. On savait. Ce qu’on découvre, c’est que pour lui, être la France interdit d’y appliquer une politique. Surtout une politique d’immigration.
Le plus drôle, c’est le calendrier. Pendant que ZeroBytes vide les fichiers de l’État et que Mayotte continue d’être Mayotte, Dominique de Villepin se prépare. Doucement. Avec élégance. Et 2 %. La France peut dormir tranquille : l’homme d’État est de retour. Il confirmera. Un jour.
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