Après le fisc, après l’Éducation nationale, ZeroBytes vient de revendiquer le pillage de Zéro logement vacant, la plateforme de l’État censée « remettre les logements vacants sur le marché ». Résultat annoncé : près de 149 millions d’enregistrements bruts. Après déduplication, les pirates parlent d’environ 48 millions de personnes distinctes. Noms, prénoms, dates de naissance, adresses postales, identifiants fonciers, droits de propriété. Le fichier national des propriétaires immobiliers DataFoncier 2024 était, selon le pirate lui-même, stocké et exposé sur l’infrastructure du site. Il l’a simplement téléchargé. Et il a eu l’élégance d’aller narguer la DGFiP sur X : « Ça ne vous dérange pas, j’espère ? »
Le site est hors ligne. Le ministère « ne souhaite pas communiquer à ce stade ». Comme d’habitude. Silence radio, cellule de crise, communiqué pour plus tard. Pendant ce temps, les données circulent déjà. ZeroBytes les met en vente. Comme il l’avait fait pour les 678.000 dossiers du fisc. Comme il l’avait fait pour les agents de l’Éducation nationale.
Ce n’est plus une série d’incidents. C’est un système.
Une instance Metabase mal configurée, des identifiants PostgreSQL en clair, un accès superutilisateur, une base de production hébergée chez un prestataire. Les pirates disent même avoir récupéré des milliers de comptes d’agents et de collectivités, des empreintes de mots de passe et des jetons de session encore actifs. Autrement dit : ils n’ont pas seulement volé les propriétaires. Ils ont aussi les clés de ceux qui étaient censés les protéger.
Et maintenant, concrètement ?
Des millions de Français propriétaires — y compris de logements vacants, donc particulièrement intéressants — ont leurs identités, leurs adresses et leurs biens dans la nature. Usurpation d’identité, arnaques ciblées, fausses ventes, tentatives de squat « informé », pression sur les propriétaires isolés, revente de fichiers à des réseaux d’arnaqueurs ou à des acteurs plus opaques. Le logement vacant n’est plus seulement un sujet de politique publique. C’est une liste de cibles.
On nous a vendu la « Start-up Nation », la « Fabrique numérique », les services publics « beta.gouv.fr », la modernisation à marche forcée. On a obtenu une administration qui centralise des dizaines de millions de données personnelles et foncières… sans savoir les enfermer. Le même État qui harcèle le citoyen pour un justificatif de domicile est incapable de protéger le fichier qui contient précisément ces domiciles.
ZeroBytes n’a pas besoin d’être un génie. Il a juste besoin que l’État reste ce qu’il est devenu : bureaucratique, pressé de « digitaliser », indifférent à la sécurité réelle, et toujours en retard d’une guerre. Le fisc en juin-juillet. L’Éducation nationale. Maintenant le logement. Combien de bases restent encore ouvertes ? Combien de fichiers « nationaux » sont encore stockés n’importe où, avec des mots de passe en clair et des tableaux de bord accessibles au premier venu ?
Les propriétaires français n’ont pas seulement perdu des données. Ils ont perdu la dernière illusion : celle d’un État encore capable de tenir un secret. Le patrimoine n’est plus seulement fiscalement taxé. Il est désormais numériquement livré.
Et demain, ce sera quelle base ?


