Pas de pause migratoire : Édouard Philippe veut encore plus d’étudiants et de travailleurs étrangers

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À la veille de sa rentrée dans le fief de Gérald Darmanin, Édouard Philippe a tranché. Samedi, à Sens, face à François Hollande, le candidat d’Horizons a écarté tout moratoire général sur l’immigration légale. Y compris celui que son nouvel allié avait brandi en mai : trois ans de pause.

« Je veux continuer à accueillir des étudiants étrangers, donc il n’y aura pas de moratoire sur les étudiants étrangers. » Puis la phrase qui compte : « Il n’y aura pas de moratoire sur l’immigration de travail, dont nous avons besoin. »

Le timing n’est pas anodin. Mi-août, Darmanin a rallié Philippe tout en l’exhortant à durcir la ligne migratoire. Dimanche, les deux hommes se retrouvent à Tourcoing. Le ministre de la Justice voulait un geste. Il obtient un distinguo.

La « petite différence » qui annule la rupture

Interrogé ensuite par la presse, Philippe a nié la divergence. « Gérald Darmanin a raison de dire que nous avons besoin d’une politique migratoire plus ferme. » Il cite Mayotte, Ceuta, un « verrou Schengen ». Puis le correctif : « J’indique juste, c’est ma petite différence, que même s’il faut être beaucoup plus ferme, nous allons continuer à délivrer des titres de séjour pour des étudiants étrangers. » Et « quelques titres » pour « les étrangers qui ont des compétences dont nous avons besoin ». L’exemple choisi est le plus inattaquable en apparence : les médecins formés à l’étranger.

Le procédé est connu. On parle fermeté sur les flux subis. On sanctuarise les flux choisis. On transforme une exception professionnelle en principe. Et l’on baptise cela une « petite différence ».

Un moratoire n’est pas un détail de calendrier. C’est l’aveu qu’un pays saturé doit cesser d’ajouter des entrées le temps de rétablir le contrôle, l’expulsion, le logement, l’école, l’hôpital. Refuser le moratoire sur le travail et les étudiants, c’est dire que la machine continue. Avec un filtre, peut-être. Sans interruption, sûrement.

Ce que Tourcoing va masquer

Darmanin a besoin de cette photo. Après des années au ministère de l’Intérieur, il arrive dans la campagne de Philippe avec un capital « fermeté » à monnayer. Philippe a besoin de Darmanin pour parler au Nord, à une fraction de la droite et à ceux qui ne croient plus Attal. Chacun apporte à l’autre ce qui lui manque. Personne n’apporte une rupture migratoire.

Le candidat le dit lui-même : on délivrera encore des titres. Pour étudier. Pour travailler. Pour soigner. Autant de catégories qui, dans les faits, ont déjà servi de portes d’entrée durables, de régularisations différées, de filières familiales. « Quelques titres », dans la bouche d’un ancien Premier ministre de Macron, ressemble moins à un quota qu’à une clause de style.

Sur Mayotte ou Ceuta, Philippe peut parler de vanne à fermer. Sur le territoire métropolitain, la vanne du travail reste ouverte. C’est cohérent avec quinze ans de discours du « besoin de bras » : hotels, BTP, aide à domicile, hôpital. Jamais le diagnostic inverse : un pays qui importe de la main-d’œuvre au lieu de former, de rémunérer et de remettre au travail les siens.

Le centre a choisi son camp

Les électeurs qui attendent un arrêt net des flux n’ont plus à décoder. Philippe ne promet pas une parenthèse. Il promet une sélection. Darmanin pourra crier plus fort à Tourcoing. La ligne est déjà écrite à Sens : pas de moratoire sur les étudiants, pas de moratoire sur le travail, « nous avons besoin ».

Le bloc central n’entre pas en rupture avec le macronisme migratoire. Il le recycle. Plus ferme dans le vocabulaire, identique dans le principe. Dimanche, l’alliance se montrera. Samedi, le fond a parlé.

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