Le suspense n’en était plus vraiment un. Dimanche 23 août 2026, au journal de 20 heures de TF1, Raphaël Glucksmann a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. L’eurodéputé et dirigeant de Place publique a simultanément confirmé qu’il se soumettrait à la primaire organisée en octobre par le Parti socialiste et son propre mouvement. Une décision qui met fin à trois mois de flottement calculé et qui place immédiatement la gauche « réformiste » sous pression.
Depuis le soir des européennes de 2024, où sa liste avait devancé celle de La France insoumise, Glucksmann s’était ménagé un temps de réflexion. Il avait évoqué le besoin de « sillonner le pays » et de « réunir sa famille politique ». Dans les faits, ce délai a servi à tester les appuis, à mesurer les résistances internes au PS et à attendre que les modalités de la primaire soient clarifiées. Le choix d’une primaire fermée, réservée aux adhérents du PS et de Place publique, a clairement pesé dans la balance. Un corps électoral restreint offre à Glucksmann un terrain plus favorable qu’une primaire ouverte à tous les électeurs de gauche, où Jean-Luc Mélenchon et les réseaux insoumis auraient pesé lourd.
Le calendrier de l’annonce n’est pas anodin. En se déclarant quelques jours avant l’université d’été du PS à Blois (28-29 août), le leader de Place publique impose son rythme. Olivier Faure, qui n’a toujours pas tranché sur sa propre candidature, se retrouve en position de suiveur. Glucksmann abordera également le débat du Medef, jeudi à Roland-Garros, déjà paré des habits de prétendant, aux côtés d’Édouard Philippe, Gabriel Attal, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Sur le fond, le positionnement est clair : Glucksmann assume l’affrontement des « deux gauches irréconciliables ». Il refuse toute alliance avec La France insoumise, que ce soit pour la présidentielle ou les législatives à venir, et se présente comme l’artisan d’une refondation sociale-démocrate. Les premiers ralliements sont déjà là. Carole Delga, Laurence Rossignol et Michaël Delafosse ont officiellement franchi le pas. Yannick Jadot, présent au meeting d’Aubervilliers en juin, reste une cible possible, au grand dam des écologistes tiraillés entre Marine Tondelier et les sirènes insoumises.
Reste l’obstacle de la primaire elle-même. Philippe Brun, Jérôme Guedj et Ségolène Royal sont déjà sur la ligne de départ. Olivier Faure pourrait s’y ajouter. Et François Hollande, qui publie début septembre son livre Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, se tient en embuscade. Un score médiocre ou une participation faible donnerait immédiatement des arguments à ceux qui contestent la légitimité du vainqueur.
Glucksmann part avec un capital politique non négligeable : une image d’européen crédible, un électorat urbain et diplômé, et le souvenir de sa performance de 2024. Mais les sondages le placent encore derrière Mélenchon (10-11 %). Pour transformer l’essai, il devra élargir bien au-delà du périmètre social-démocrate traditionnel et convaincre qu’il incarne autre chose qu’une simple alternative technique au leader insoumis.
La primaire d’octobre sera donc le premier test grandeur nature. Si Glucksmann en sort clairement vainqueur, il pourra prétendre incarner la « gauche de gouvernement ». Dans le cas contraire, le camp socialiste risque de se retrouver, une fois de plus, avec un candidat fragile face à un Mélenchon déjà en campagne permanente et une droite en ordre de bataille.
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