Dans la nuit de vendredi 7 à samedi 8 août 2026, à Miramas, petite commune des Bouches-du-Rhône située à l’ouest de Marseille, un tireur sportif sexagénaire a découvert à son retour au domicile un spectacle devenu trop familier : portes dégradées, local sécurisé ouvert, arsenal disparu.
Selon les sources policières confirmées par la préfecture de police déléguée des Bouches-du-Rhône, les cambrioleurs sont repartis avec 10 carabines, trois pistolets, un revolver, un fusil à pompe et environ 200 cartouches de 12 calibres différents. Toutes ces armes étaient déclarées. Une plainte a été déposée. La Division de la criminalité territoriale (DCT) a été saisie.
Le mode opératoire est classique : le propriétaire s’absente, les portes sont forcées, le coffre ou le local sécurisé est ouvert, les armes partent. Rien d’exceptionnel en apparence. Sauf que ce type de cambriolage n’est plus un fait isolé.
En octobre 2025, la Fédération française de tir (FFTir) a subi un piratage massif. Les données personnelles de 250.000 adhérents actuels et de 750.000 anciens licenciés ont fuité : numéro de licence, état civil, adresse postale, e-mail, numéro de téléphone. Ces fichiers ont rapidement été proposés à la vente sur le darknet. En avril 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait reconnu que ses services avaient déjà identifié entre 20 et 30 cambriolages susceptibles d’être liés à ces données volées.
Le vol de Miramas s’inscrit donc dans une série. Les tireurs sportifs, qui sont dans l’obligation de déclarer leurs armes et de les stocker dans des conditions strictes, se retrouvent paradoxalement exposés. L’État impose la transparence et le contrôle. Puis il se fait pirater. Puis les adresses se retrouvent en vente. Puis les armes partent.
Ces carabines, pistolets, revolver et fusil à pompe ne sont pas des armes de guerre. Mais elles sont parfaitement opérationnelles. Une fois sorties du circuit légal, elles peuvent alimenter les réseaux de criminalité ordinaire, les règlements de comptes ou, dans le pire des cas, des actions plus graves. Dans un pays où les armes automatiques circulent déjà librement dans certains quartiers, l’arrivée sur le marché noir d’armes légales de tireurs sportifs n’est pas une bonne nouvelle.
Le propriétaire de Miramas a fait ce que la loi lui demandait : il a déclaré ses armes, il les a entreposées dans un local sécurisé. Il se retrouve aujourd’hui dépouillé. Pendant ce temps, les données de centaines de milliers de licenciés continuent de circuler. Et les cambriolages se poursuivent.
La question n’est plus seulement celle d’un vol isolé dans une petite ville des Bouches-du-Rhône. C’est celle d’une chaîne de failles : obligation de déclaration, incapacité à protéger les fichiers, vente des adresses sur le darknet, et maintenant des armes qui disparaissent une à une chez des citoyens respectueux de la loi.


