L’association AC!! Anti-Corruption a déposé vendredi 7 août 2026 une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF). Elle vise notamment Bally Bagayoko, maire La France insoumise de Saint-Denis, pour des soupçons de détournement de fonds publics et d’emploi fictif. La plainte porte également sur des faits présumés de prise illégale d’intérêts, de favoritisme, de manquement à la probité et de cumul irrégulier d’activités publiques.
Cette initiative fait suite à un article du Canard enchaîné publié début août, intitulé « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko ». L’hebdomadaire satirique affirme qu’avant de conquérir la mairie de Saint-Denis en mars 2026, l’élu a longtemps cumulé un poste de cadre à temps plein à la RATP avec ses mandats locaux.
Selon le journal, Bally Bagayoko a été recruté à la RATP en 2000. Jacques Marsaud, alors directeur général de la Régie chargé du développement, a confirmé au Canard avoir proposé son embauche « sans concours ni entretien ». L’ancien maire communiste de Saint-Denis Patrick Braouezec a quant à lui évoqué un contexte de recrutement visant la « diversité » et les quartiers. Certains interlocuteurs du journal ont parlé d’une embauche politique, « fruit d’un deal avec le PC ».
Le Canard décrit des « horaires “élastiques” » et de « généreuses indemnités ». Bally Bagayoko occupait simultanément des fonctions d’adjoint au maire de Saint-Denis (à partir de 2001) et, pendant une période, de vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis (2008-2015). Le journal souligne que le cumul de deux emplois publics à temps plein est en principe prohibé, sauf autorisation expresse et motivée.
AC!! Anti-Corruption demande précisément la vérification de plusieurs points : l’existence d’une autorisation de cumul d’activités délivrée par la RATP ou la préfecture, ainsi que la réalité de la présence et du travail effectif de Bally Bagayoko à la RATP pendant ses mandats électifs. Si les rémunérations ont été perçues pour un emploi non exercé à plein temps, il s’agirait, selon l’association, d’une utilisation indue de fonds publics.
L’article du Canard précise qu’en 2015, après la perte de son mandat départemental, le conseil municipal de Saint-Denis, alors dirigé par le Parti communiste, a voté une hausse de 102 % des indemnités d’adjoint de Bally Bagayoko. Cette augmentation devait « compléter un salaire de cadre qui dépassera ensuite les 6 000 euros par mois ». Interrogé par le journal, Bally Bagayoko a confirmé ce montant en intégrant le treizième mois et les primes.
Contacté par l’AFP, le maire de Saint-Denis, âgé de 53 ans, n’a pas souhaité réagir. Éric Halphen, président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption et ancien juge d’instruction, a déclaré : « Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens, que les faits soient commis par des gens classés à gauche comme à droite. » Il a ajouté que l’association jouait un rôle de lanceur d’alerte et qu’elle souhaitait l’ouverture d’une enquête.
Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités, a réagi sur le réseau social X. Elle a demandé, en sa qualité de présidente d’Île-de-France Mobilités, « que toute la transparence soit faite sur la politique de recrutement de la RATP, passée et présente, afin de dissiper les soupçons d’éventuels emplois fictifs financés par le contribuable ». Elle a jugé que de telles pratiques seraient « totalement illégales et ne sauraient être tolérées dans nos monopoles publics ».
La RATP, sollicitée par l’AFP, a indiqué se tenir « très sereinement à la disposition de la justice » pour fournir tous les éléments nécessaires si le parquet décidait de donner suite à la plainte.
Bally Bagayoko, né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret de parents maliens, a grandi à Saint-Denis. Diplômé de l’université Paris-VIII (géopolitique et maîtrise « connaissance des banlieues »), ancien joueur de basket semi-professionnel et entraîneur, il est entré en politique en 2001 aux côtés des communistes locaux. Il a été adjoint successivement de Patrick Braouezec, Didier Paillard et Laurent Russier jusqu’en 2020, avant de rejoindre La France insoumise en 2017. Élu maire de Saint-Denis dès le premier tour des municipales de mars 2026 avec 50,77 % des voix, il préside également Plaine Commune depuis avril 2026.
Le dossier est désormais entre les mains du Parquet national financier, qui décidera des suites à donner à la plainte.
Se tenir informé sur la gauche et l'extrême-gauche en France est d'une grande importance : ce sont des forces qui parfois visent à la déstabilisation de la société, en prenant le risque de conflits internes violents. Notre devoir, en tant que journal libre et indépendant, c'est de vous raconter chaque jour les enjeux liés aux actions de la gauche en France.
En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer.
5€/mois — petits revenus
7€/mois
RecommandéAccès abonnés :
- ✓Lecture de tous nos contenus réservés aux abonnés
- ✓Possibilité de commenter tous nos articles
- ✓Gestion de votre abonnement en un clic


