Il fallait oser. Marine Tondelier, candidate des Écologistes à la présidentielle de 2027, vient de le faire. Dans une interview à Libération, elle revendique ouvertement le droit de suspendre X en France pendant la campagne électorale si des « ingérences étrangères » sont constatées. Et elle ne s’arrête pas là. Elle estime même qu’une interruption d’un mois de la plateforme « ferait beaucoup de bien au débat public français ».
Traduction claire : si les Français s’expriment trop librement, si les idées qui dérangent circulent trop vite, si l’algorithme ne privilégie pas assez les bonnes opinions, alors on coupe le robinet.
Ce n’est plus de la régulation. C’est de la censure pure et simple. Et elle l’assume.
Tondelier ne se contente pas de viser de prétendues campagnes russes. Elle pointe directement l’algorithme de X comme « une ingérence beaucoup plus forte » que n’importe quelle opération étrangère. Pourquoi ? Parce qu’il a un impact « structurel, quotidien, de chaque minute dans la désinformation ». En clair : l’algorithme est coupable de ne pas être assez docile. Il laisse trop de place à des voix que la candidate écolo juge indésirables.
Elle va plus loin encore. Elon Musk, propriétaire de X, est décrit comme un homme à « idéologie suprémaciste » qui voudrait « faire basculer l’Europe dans une soumission totale aux États-Unis ». Et le crime ultime ? Il a « très clairement fait savoir qu’il souhaitait l’élection en France de Marine Le Pen ». Voilà le vrai scandale pour Tondelier : un réseau social dont le propriétaire n’est pas aligné sur ses positions politiques.
On touche ici au fond de l’affaire. Ce n’est pas la désinformation qui dérange. C’est le fait que X reste l’un des derniers espaces où la parole n’est pas encore totalement filtrée par les institutions, les médias traditionnels et les bien-pensants. Un espace où les critiques de l’immigration, de l’écologie punitive, de l’insécurité ou de l’Union européenne circulent sans avoir besoin de la bénédiction des rédactions.
Alors on change de stratégie. On ne se contente plus de demander plus de modération. On menace directement d’interdire. On réclame l’application stricte du DSA européen, non pas pour lutter contre les contenus illégaux, mais pour transformer une plateforme en outil de contrôle politique. On veut que X soit traité comme un éditeur, c’est-à-dire comme une entreprise responsable de chaque message publié… afin de pouvoir la sanctionner, la museler, et si besoin la fermer.
Le comble de l’hypocrisie ? Marine Tondelier reconnaît elle-même qu’elle ne peut pas se passer de X. Elle a désinstallé l’application, mais son équipe continue de poster à sa place. « Politiquement, aujourd’hui, c’est impossible d’être absent de X », avoue-t-elle. Le système médiatique et politique tourne encore autour de cette plateforme. Elle veut donc interdire aux Français ce qu’elle continue d’utiliser pour elle-même. Classique.
Ce discours n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une logique plus large : limiter la concentration des médias, renforcer l’audiovisuel public, fixer des « lignes rouges » aux États étrangers… toujours au nom de la démocratie, toujours pour « protéger » le débat. En réalité, il s’agit de reprendre le contrôle de l’information. De décider ce qui peut être dit, et ce qui ne doit plus l’être, surtout pendant une campagne présidentielle.
On a déjà vu ce film. Chaque fois qu’une force politique se sent fragilisée par le débat libre, elle appelle à la régulation, à la modération, puis à la suspension. Marine Tondelier vient simplement d’accélérer le tempo. Elle ne demande plus seulement de mieux contrôler X. Elle demande le droit de l’éteindre.
Si cette proposition devait un jour être appliquée, ce ne serait pas seulement X qui serait suspendu. Ce serait une partie essentielle de la liberté d’expression en France. Et ceux qui applaudissent aujourd’hui cette idée devraient se souvenir d’une chose simple : les outils de censure ne restent jamais longtemps dans les seules mains de ceux qui les ont demandés.
Marine Tondelier veut pouvoir interdire X. Elle vient de montrer exactement ce qu’elle ferait du pouvoir.
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