C’est désormais possible. Un décret publié mercredi au Journal officiel permet de forcer un élève de primaire, collège ou lycée à changer d’établissement lorsque le comportement de ses parents — ou d’un membre de sa famille — compromet gravement le fonctionnement normal de l’école ou fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d’un membre de la communauté éducative.
Concrètement, le directeur d’école saisit le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). Après un dialogue avec les parents, celui-ci peut demander au maire de radier l’élève et de l’inscrire dans une autre école de la commune. Dans les collèges et lycées, le Dasen peut procéder directement à la réaffectation. Un suivi pédagogique, éducatif et social renforcé est prévu jusqu’à la fin de l’année scolaire.
La mesure, voulue par le ministre Édouard Geffray, s’inscrit dans sa priorité affichée d’« amélioration du climat scolaire » et de « retour à une forme de civilité trop souvent remise en cause par le comportement de certains élèves et parfois même de certains parents ».
Les chiffres justifient l’outil. Selon une étude du service statistique du ministère, quatre incidents graves pour 1 000 élèves ont été signalés dans les écoles primaires en 2024-2025. Il s’agit essentiellement de violences verbales (45 %), commises par les familles dans un cas sur trois, et visant d’abord les personnels (61 %).
Pourtant, le projet a immédiatement cristallisé l’opposition des syndicats d’enseignants et de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). « Sanctionner un enfant pour les actes de ses parents est inacceptable », a dénoncé la FCPE. Plusieurs organisations avaient même claqué la porte d’une réunion avec le ministère début juillet.
Derrière cette indignation se cache une réalité que beaucoup préfèrent encore nier : trop d’établissements sont aujourd’hui pris en otage par des parents agressifs, menaçants ou simplement incapables de respecter le cadre scolaire. Pendant des années, la seule réponse a consisté à laisser les enseignants en première ligne, sans levier réel. Ce décret ne règle pas tout, mais il rompt enfin avec l’idée selon laquelle l’école devrait tout absorber, y compris l’incivilité et l’intimidation venant des familles.


