Le spectacle n’aura pas lieu. Mercredi matin, l’administration pénitentiaire a annulé in extremis la représentation de stand-up qui devait se tenir dans l’après-midi à la maison d’arrêt de Grasse. Quatre humoristes liés au Comédie Club Vieux-Port de Marseille, établissement parrainé par Kev Adams, devaient se produire devant une quinzaine de détenus dans la salle polyvalente. L’activité, proposée par la direction et ouverte aux inscrits tout au long du mois de juillet, a finalement été stoppée face à la fronde des surveillants.
Le bureau local du syndicat SPS-CEA n’avait pas mâché ses mots. « C’est une provocation de la direction, qui utilise notre établissement comme vitrine médiatique au détriment de la sécurité, de la dignité des agents et du sens de nos missions », avait déclaré le secrétaire local. Les agents pointent une réalité implacable : 791 détenus pour une capacité théorique de 574 places, 22 prisonniers qui dorment encore sur des matelas au sol, et 35 surveillants manquants. Dans ces conditions, organiser un spectacle d’humour n’est plus de la réinsertion. C’est de l’affichage.
Ce n’est pas la première fois que la maison d’arrêt de Grasse multiplie les activités hors normes. L’an dernier, des détenus étaient partis en sortie camping dans le parc national du Mercantour. En juin, une véritable « fête de la musique » avait été organisée à l’intérieur de l’établissement. Des initiatives qui, pour les surveillants, n’ont plus rien à voir avec le régime de porte fermée qui est censé s’appliquer. « La maison d’arrêt de Grasse n’est pas un lieu de vacances ni un centre de loisirs ! Nous sommes en régime porte fermée, pas dans un club d’animations ! », martèle le syndicat.
Une source interne va plus loin : « Ces spectacles et activités sont un mauvais point pour notre établissement. Nous sommes déjà en grande difficulté sur le nombre de mouvements. Cela rajoute des mouvements inutiles qui ne sont en aucun cas pour la réinsertion d’un détenu, mais juste du divertissement. »
Le Comédie Club Vieux-Port a confirmé avoir été sollicité par la direction de la prison. Ce type de spectacle n’est d’ailleurs pas une nouveauté dans les établissements pénitentiaires français. Pourtant, le garde des Sceaux Gérald Darmanin avait tenté, par circulaire, de limiter ces « activités ludiques ». Le Conseil d’État l’avait retoqué en mai 2025, estimant qu’il n’était pas possible de retirer aux détenus des activités « conformes au code pénitentiaire ». Résultat : les directions continuent d’organiser, et les surveillants continuent de payer le prix de la surcharge et de l’insécurité.
À Grasse, l’annulation de ce mercredi n’est qu’un épisode. Elle révèle surtout un décalage devenu structurel. Pendant que les agents manquent, que les cellules débordent et que les matelas s’empilent au sol, on continue de proposer des animations dignes d’un centre de vacances. La prison n’est plus seulement un lieu d’exécution des peines. Pour une partie de l’administration, elle devient un espace d’image, de communication et de « bien-être ». Les surveillants, eux, rappellent une évidence que trop de responsables semblent avoir oubliée : on n’est pas là pour animer. On est là pour garder.


