Le Fonds monétaire international a publié mercredi son rapport annuel sur l’économie française. L’institution estime « urgent » de définir une stratégie budgétaire pluriannuelle crédible. Elle constate que, malgré la volonté affichée de ramener le déficit sous les 3 % du PIB d’ici 2029, l’assainissement progresse plus lentement que prévu et reste exposé à des risques importants.
La dette publique française s’élève à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Les charges d’intérêts pourraient dépasser 74 milliards d’euros en 2027. En l’absence de nouvelles mesures, le rythme d’ajustement actuel ne permet pas de stabiliser la dette. Quatre économistes mandatés par Bercy estiment qu’elle pourrait dépasser 130 % du PIB dès 2030.
Pour 2026, le gouvernement vise encore un déficit d’environ 5 % du PIB. Le FMI anticipe plutôt 5,2 %. Dans un entretien à Paris Match publié le même jour, le Premier ministre Sébastien Lecornu se dit « pas très optimiste » sur le respect des objectifs 2026 et 2027.
L’institution recommande un effort budgétaire initial d’environ 0,8 point de PIB par an sur la période 2027-2029, qui pourrait ensuite être progressivement assoupli. Cet effort ne pourra pas reposer sur de nouvelles recettes : la France affiche déjà le ratio de prélèvements obligatoires le plus élevé de la zone euro (46 % du PIB en 2025). Les dépenses publiques, à 57,2 % du PIB, sont quasiment les plus élevées de la zone et se situent 9,1 points au-dessus de la moyenne hors France.
Le FMI pointe en particulier les dépenses de retraite, de santé, de protection sociale et d’affaires économiques, plus élevées que chez les voisins les plus performants. Il recommande des économies sur l’assurance-chômage (jugée encore généreuse), sur les retraites et sur les transferts d’assistance non ciblés, tout en renforçant ceux destinés aux bas revenus. La rupture avec la réindexation automatique des prestations sociales sur l’inflation (l’« année blanche ») est également évoquée.
Sébastien Lecornu reconnaît de son côté l’inertie des dépenses de l’État, des collectivités et surtout de la sphère sociale (retraites et assurance-maladie). Il estime que la France « utilise internet mais entretient encore son Minitel et son fax », et souhaite que le prochain budget distingue clairement les dépenses de fonctionnement des dépenses d’investissement. L’objectif est de préserver les marges nécessaires au réarmement, à la transition énergétique et à l’innovation.
Le FMI note toutefois que les risques pour la stabilité financière demeurent pour l’instant contenus.


