Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : la France championne d’Europe de la censure « protectrice »

Photo : Julian / Unsplash

Le Parlement a définitivement adopté ce mardi la proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Une première en Europe, saluée par l’exécutif comme une « immense victoire ». Pour les observateurs lucides, il s’agit surtout d’une nouvelle illustration d’une triste réalité : face au numérique, la France et l’Union européenne n’ont qu’une seule réponse dans leur arsenal : l’interdiction.

Après le Digital Services Act (DSA), le Digital Markets Act (DMA), les projets de Chat Control qui menacent la vie privee, les tentatives répétées de régulation de l’IA et maintenant cette « majorité numérique » à 15 ans, le logiciel est toujours le même : on ne forme pas, on n’innove pas, on n’éduque pas. On interdit.

Un texte emblématique de la méthode française

Le cœur du texte est clair : « l’accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans ». Les plateformes (TikTok, Instagram, Snapchat, X, etc.) devront se débrouiller pour mettre en place une vérification d’âge efficace. Carte d’identité, reconnaissance faciale, ou tout autre système suffisamment intrusif. Wikipédia et les logiciels libres sont épargnés, c’est déjà ça.

L’interdiction du téléphone portable est par ailleurs étendue au lycée, et c’est plutôt une bonne nouvelle, avouons-le.

Sur le papier, l’objectif est louable : protéger les cerveaux en développement des algorithmes addictifs, de la pornographie précoce, du harcèlement et des contenus extrêmes. Personne ne conteste sérieusement les dégâts bien réels documentés par de nombreuses études.

Mais la méthode choisie — l’interdiction pure et dure — révèle surtout l’impuissance chronique de nos élites face à la technologie.

Interdire, encore et toujours

Car cette loi arrive dans un contexte où l’Europe accumule les textes répressifs sans jamais proposer de véritable alternative souveraine. Pendant que les États-Unis et la Chine avancent à marche forcée sur l’IA, la robotique et les infrastructures numériques, Bruxelles et Paris multiplient les barrières, les obligations de transparence, les amendes record et désormais les interdictions d’usage.

Le résultat est prévisible :

  • Les adolescents contourneront massivement la mesure via les VPN, les comptes déclarés par les parents ou les amis plus âgés.
  • Les plateformes américaines ou chinoises s’adapteront tant bien que mal, tout en collectant encore plus de données pour vérifier l’âge.
  • Les familles françaises, déjà surchargées de règles, devront gérer une nouvelle couche de contrôle parental étatique.

Le vrai problème n’est pas seulement l’addiction

Derrière l’affichage protecteur se cache une méfiance profonde envers la liberté individuelle et la responsabilité parentale. Plutôt que d’imposer aux parents de reprendre leur rôle, plutôt que d’investir massivement dans l’éducation au numérique critique à l’école, plutôt que de favoriser l’émergence de réseaux sociaux européens moins toxiques, on préfère légiférer sur l’interdiction.

C’est la même logique qui prévaut sur la régulation de l’IA, la lutte contre la « désinformation » (qui sert souvent à museler les voix dissidentes) ou la volonté de scanner les messages privés. L’Europe ne crée pas, elle encadre, limite, interdit.

Pendant ce temps, les géants du numérique continuent de dominer, et les jeunes Français, une fois l’âge venu, iront s’abreuver sur les mêmes plateformes, avec les mêmes algorithmes, mais avec un goût supplémentaire de rébellion contre l’autorité tatillonne.

La France a choisi d’être le bon élève de la classe réglementaire européenne. Espérons que ce zèle ne finisse pas par asphyxier complètement notre capacité à exister dans le monde numérique du XXIe siècle. Car interdire est facile. Bâtir une alternative souveraine, attractive et responsable, voilà qui serait autrement plus courageux.

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