L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) a officiellement mis en demeure Radio France pour manquements aux obligations de pluralisme politique sur ses antennes de France Inter et France Info. Cette décision concerne la période du 1er janvier au 31 mars 2026 et met en lumière une sous-représentation flagrante des représentants du Rassemblement National (RN) pendant les heures de grande écoute.
Selon les relevés de l’ARCOM, près de 60 % du temps de parole accordé aux représentants du RN sur France Inter a été diffusé entre minuit et 5h59. Sur France Info, cette proportion dépasse même 70 %. À l’inverse, les interventions du parti sont jugées « insuffisamment présentes » dans les programmes diffusés en journée (6h à 23h59), au regard de sa représentativité électorale. Ces déséquilibres constituent, aux yeux du régulateur, des violations des règles du pluralisme politique.
Un constat chiffré et répété
La décision de mise en demeure du 10 juin 2026 s’appuie sur une analyse détaillée des temps de parole. Elle fait suite à plusieurs alertes antérieures de l’ARCOM. Dès le deuxième trimestre 2025, le régulateur avait déjà pointé une proportion significative de diffusions nocturnes pour le RN sur France Info. Des courriers de rappel avaient été adressés en octobre 2025 et février 2026, sans que la situation ne s’améliore suffisamment au premier trimestre 2026.
Cette période couvrait notamment la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Le RN, premier parti de France selon plusieurs scrutins récents, se voit ainsi privé d’une exposition visible auprès du grand public, ses interventions étant reléguées à des tranches horaires où l’audience est minimale.
L’article 1er de la délibération ARCOM du 22 novembre 2017 et l’article 4 du cahier des missions et charges de Radio France imposent un respect strict du pluralisme. Un tiers du temps de parole est traditionnellement réservé à l’exécutif, les deux tiers restants devant être répartis entre les partis et mouvements politiques, de manière équitable et visible.
La réponse hallucinante de Radio France : une « erreur technique »
Face à cette mise en demeure – dernière étape avant une possible sanction financière –, Radio France a invoqué une « erreur technique » liée à l’introduction d’un nouveau logiciel de comptabilisation des temps de parole depuis janvier 2026. Selon un porte-parole, cet outil n’aurait pas correctement distingué les diffusions diurnes et nocturnes, qualifiant la situation de « conjoncturelle » et non intentionnelle. Le groupe assure avoir corrigé le problème et maintient son engagement total en faveur du pluralisme et de la transparence. Sans rire.
Cependant, des avertissements répétés de l’ARCOM n’ont pas empêché la persistance du déséquilibre, ce qui interroge pour le moins sur la sincérité de cette explication.
Réactions politiques
Marine Le Pen, chef de file des députés RN, a jugé que ce comportement n’était « plus supportable ». Jordan Bardella a dénoncé une « atteinte démocratique » visant le premier parti de France et ses millions d’électeurs. Le RN appelle le gouvernement et les dirigeants du service public à mesurer la gravité de la situation, à moins d’un an de l’élection présidentielle.
Cette affaire s’inscrit dans un débat plus large sur la neutralité de l’audiovisuel public, régulièrement accusé de biais penchant largement à gauche. Elle contraste avec d’autres polémiques, comme celles entourant CNews, où l’ARCOM avait dû défendre la réalité du respect du pluralisme face à des critiques inverses.
Radio France, financée par l’argent public, a pour mission de refléter la diversité des opinions. La sous-exposition du RN soulève des questions sur l’impartialité réelle des rédactions et sur la capacité du service public à traiter équitablement un parti qui rassemble une part significative de l’électorat.
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