Éric Zemmour, président de Reconquête et probable candidat à l’élection présidentielle de 2027, a effectué un déplacement remarqué aux États-Unis pour le lancement de la traduction anglaise de son best-seller Le Suicide français (2014), réédité par Encounter Books. Accueilli dans les hauts lieux de la droite conservatrice américaine, notamment à la Heritage Foundation — think tank ultra-influent qui a joué un rôle central dans la réélection de Donald Trump —, Zemmour a multiplié conférences, dédicaces et rencontres politiques, affirmant haut et fort une « concordance idéologique » avec l’administration Trump.
Dans les locaux de la Heritage Foundation à Washington, devant une centaine de personnes enthousiastes, Éric Zemmour a ouvert son intervention par une lecture en anglais, marquée par un fort accent français. Il a évoqué les émeutes survenues à Paris après le sacre du PSG en Ligue des Champions, avant de célébrer l’amitié franco-américaine via La Fayette et la Révolution américaine. Avec humour, il a rappelé les échanges culturels transatlantiques : « Nous vous avons gentiment donné nos philosophes de la déconstruction, la “French Theory”. Et vous, en bons amis, vous avez pris votre revanche. Vous nous avez envoyé le wokisme et la “cancel culture”. Maintenant nous sommes quittes. »
Le diagnostic partagé du déclin occidental
L’essayiste a ensuite développé la thèse centrale de son ouvrage : « Le suicide français est aussi le suicide de l’Occident. » Il a détaillé l’effondrement des piliers de l’identité face à l’immigration de masse et à l’islam, de la culture face à la déconstruction postmoderne, et de la liberté économique face à l’addiction à la dette publique. Dans une nouvelle préface destinée au public américain, Éric Zemmour appelle à un sursaut de l’Occident face aux « autres civilisations qui veulent prendre leur revanche ».
Kevin Roberts, président de la Heritage Foundation, a insisté sur le devoir des États-Unis de sauver non seulement eux-mêmes mais aussi la France : « Si la France tombe, c’est tout l’Occident qui tombe. » Éric Zemmour a abondé dans ce sens, soulignant une vision commune avec la nouvelle droite américaine.
Remigration, JD Vance et Projet 2025
Face aux diplomates français présents pour « surveiller la concordance idéologique », Zemmour a assumé pleinement cette proximité : « Il y a une base commune parce que la gauche occidentale a complètement sapé la base des sociétés occidentales. Il y a évidemment une cohérence et une concordance idéologique, ça s’appelle une internationale. »
Il s’est notamment aligné sur le vice-président JD Vance et son concept d’« effacement civilisationnel », qu’il disait défendre avant même de connaître son nom. Sur l’immigration, Zemmour a salué les politiques trumpistes : « Il y a des villes comme Miami et Los Angeles où le nombre d’habitants a baissé grâce à la remigration. Trump renvoie non seulement les clandestins mais aussi les chômeurs, les délinquants etc. C’est exactement ce que je voudrais faire en France. »
L’essayiste a également loué le renforcement du pouvoir présidentiel théorisé dans le Projet 2025, voyant dans l’affaiblissement post-Watergate du pouvoir exécutif un mal qui s’est répandu en France au profit des juges et des médias.
Rencontres dans les think tanks conservateurs
Éric Zemmour s’est rendu au Center for Renewing America, fondé par Russ Vought, architecte du second mandat Trump. Accompagné du traducteur de son livre, Nathan Pincoski, il a également rencontré une cinquantaine de membres d’American Moment, organisation national-conservatrice qui forme la nouvelle génération de cadres de droite.
Les échanges ont porté sur le rôle de la France dans la rivalité sino-américaine. Zemmour a balayé l’idée d’un engagement direct dans la compétition hégémonique tout en appelant à combattre fermement l’« invasion » économique chinoise. Si certaines charges contre l’islam, présenté comme incompatible avec la République, ont suscité des questions sur la laïcité française, l’impression générale est restée positive. Un collaborateur de la Maison-Blanche l’a comparé à JD Vance : « C’est un penseur. » D’autres ont salué ses références littéraires et philosophiques (Pascal, Taine, Burke), rares chez les politiques américains.
Des liens anciens et une stratégie pour 2027
Ces rencontres ne sont pas nouvelles : Éric Zemmour avait déjà échangé avec Trump pendant la campagne 2022. Après sa défaite, ses équipes ont maintenu des contacts avec le Claremont Institute et d’autres cercles influents. En marge de la promotion du livre — également réédité en poche chez Fayard en France et adapté en série sur Canal+ —, il a participé à deux dîners privés avec des figures conservatrices.
À New York, la soirée de lancement a conclu ce séjour millimétré. Malgré les réserves du Rassemblement National (Jordan Bardella avait annulé une participation à la CPAC en 2025) et les critiques internes, Zemmour assume pleinement cette ligne sans concession sur l’immigration, l’islam et la défense de l’identité occidentale.
Perspectives pour la droite française
Ce voyage américain renforce la stature internationale d’Éric Zemmour et sa crédibilité auprès de l’électorat identitaire. Alors que la présidentielle 2027 approche, il positionne Reconquête comme le fer de lance d’un véritable combat civilisationnel, en phase avec les évolutions de la droite américaine. Face à la « nouvelle France » vantée par Jean-Luc Mélenchon, Zemmour se présente comme le défenseur de la « France éternelle ».
Les Français attachés à la souveraineté, à la laïcité et à la préservation de leur civilisation ont de quoi y voir un signe d’espoir : l’Occident n’est pas condamné au suicide s’il retrouve le courage de se défendre.
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