Allemagne : Merz, le cancre de la Chancellerie, accuse l’AfD de ses propres désastres

Photo : Le JDF

Friedrich Merz a décidément du mal à digérer son bilan. Un an à peine après son arrivée à la Chancellerie, le dirigeant conservateur allemand est déjà le chancelier le plus impopulaire de l’après-guerre, avec des scores de popularité en berne autour de 15 %. Au lieu d’assumer ses responsabilités face à une Allemagne en panne, il préfère jouer les Cassandre et mettre en garde contre un hypothétique « big bang » provoqué par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Un classique du mauvais perdant qui refuse de voir que les Allemands en ont tout simplement « ras-le-bol » de sa gouvernance.

Samedi, lors d’un congrès de son parti en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Merz a haussé le ton : les élections régionales de septembre en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale représenteraient bien plus que le sort d’un gouvernement. « Il s’agit ici, fondamentalement, de savoir dans quelle direction l’Allemagne doit aller », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant implicitement l’ampleur de son propre fiasco : « Si nous ne sommes pas assez bons, alors il y aura précisément ce big bang ».

Le constat est implacable : l’AfD devance désormais les conservateurs dans les sondages nationaux. Dans les Länder de l’ex-RDA, le parti anti-immigration caracole en tête. Merz, au lieu de s’interroger sur les raisons de cette vague patriotique, préfère fustiger l’AfD en l’accusant de vouloir « ramener l’Allemagne à l’époque d’avant Adenauer ».

Un chancelier en chute libre qui accuse les autres

Première économie européenne, l’Allemagne affiche une croissance atone, une population vieillissante et des problèmes structurels que Merz n’a pas su (ou pas voulu) résoudre. Coalition minée par les désaccords avec les sociaux-démocrates, réformes urgentes bloquées, énergie en crise malgré les promesses : le bilan est maigre. Et face à cette réalité, Merz fait ce que font tous les mauvais perdants : il désigne un bouc émissaire.

L’AfD, qui a déjà remporté une victoire historique en Thuringe en 2024, cristallise le ras-le-bol des Allemands de l’Est comme de l’Ouest. Parti anti-immigration, prorusse et réaliste sur les questions identitaires, il récolte les fruits de décennies de politiques migratoires irresponsables et d’une économie qui patine. Merz cite une vidéo d’élus AfD à Gelsenkirchen forçant des Roms à nettoyer la rue ? Il oublie commodément que cette exaspération face aux incivilités et à l’immigration incontrôlée est précisément ce qui nourrit le rejet de son camp.

« Les Allemands en ont ras-le-bol », disait la militante AfD dans la vidéo. Merz aurait pu s’en inspirer : les Allemands en ont surtout ras-le-bol d’un chancelier qui promettait le changement et livre la continuité du déclin.

Le « big bang » selon Merz : quand la démocratie dérange

Le chancelier conservateur agite le spectre d’un séisme politique comme si la victoire de l’AfD était une catastrophe nationale plutôt qu’une sanction légitime des urnes. Pourtant, c’est bien la démocratie qui parle. Les électeurs, confrontés à une économie grippée, à une immigration qui change le visage du pays et à une élite déconnectée, se tournent vers la seule force qui ose nommer les problèmes.

Merz invoque Joschka Fischer pour dénoncer l’AfD. L’ancien ministre écologiste, figure de l’extrême gauche des années 70, n’est pas le meilleur étendard pour donner des leçons de modération. Pendant ce temps, les « partis modérés » que défend Merz peinent à s’entendre sur des réformes de base. Belle illustration de l’impuissance des élites centristes !

L’Allemagne paie aujourd’hui le prix de décennies de merkelisme : ouverture migratoire massive, transition énergétique chaotique, dépendance industrielle fragilisée. Merz, qui devait incarner la rupture, n’a fait que prolonger le malaise. Son impopularité record n’est pas un accident : elle est le reflet fidèle de son action (ou plutôt de son inaction).

L’AfD, réponse légitime à l’échec des conservateurs

Loin d’être un danger existentiel comme le prétend Merz, l’AfD apparaît comme le réveil salutaire d’une Allemagne qui refuse de disparaître. Son succès en ex-RDA n’est pas un hasard : ces régions, marquées par l’Histoire, ont une sensibilité particulière aux questions de souveraineté, d’identité et de réalisme face à l’immigration.

Le cordon sanitaire maintenu par les autres partis pour exclure l’AfD du pouvoir en dit long sur la peur des élites face à la volonté populaire. Mais combien de temps cette stratégie du déni tiendra-t-elle face à la montée des réalités ? Les électeurs allemands, pragmatiques, voient dans l’AfD une alternative crédible là où Merz et ses alliés ont échoué.

Jordan Bardella, en France, s’est d’ailleurs rapproché de la droite allemande tout en observant avec intérêt la dynamique AfD. Le vent tourne en Europe : les peuples en ont assez des bons sentiments et des promesses non tenues.

Mauvais perdant ou responsable du chaos ?

Merz préfère alerter contre un « big bang » plutôt que de proposer des solutions concrètes sur l’immigration, la sécurité, la natalité ou la compétitivité économique. C’est la marque des perdants : au lieu de se remettre en question, ils diabolisent l’adversaire.

Les Allemands ne sont pas dupes. Ils constatent le déclin de leur pays – croissance molle, industries qui délocalisent, villes confrontées à l’insécurité importée. L’AfD ne crée pas ces problèmes : elle les incarne dans le débat public. Merz, en bon perdant, refuse de l’admettre.

Cette attitude risque d’accélérer encore plus le « big bang » qu’il redoute. En stigmatisant les électeurs de l’AfD, il creuse le fossé entre le peuple et les élites. Une stratégie perdante, comme l’ont montré de nombreux exemples en Europe ces dernières années.

Vers un réveil allemand ?

L’Allemagne, moteur historique de l’Europe, ne peut plus se permettre l’immobilisme. Les élections régionales de septembre seront un test majeur. Si l’AfD confirme sa dynamique, Merz aura du mal à continuer à nier l’évidence : son projet a échoué, et les Allemands veulent autre chose.

Plutôt que de pleurer sur un « big bang » imaginaire, Friedrich Merz ferait mieux de tirer les leçons de son année calamiteuse. Mais les mauvais perdants ont rarement cette lucidité. Pendant ce temps, l’AfD continue sa progression, portée par le bon sens et le ras-le-bol populaire.

L’Allemagne de demain se construira-t-elle sur le déni de Merz ou sur le réalisme de ceux qui osent dire la vérité ? Les urnes répondront bientôt.

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