Ah, quel spectacle ! Emmanuel Macron atterrit à Nairobi, choisit un pays anglophone pour son grand sommet « Africa Forward », et au lieu de faire profil bas, il fanfaronne : « C’est terminé cette époque du pré carré depuis 2017 ! » Traduction libre : j’ai brillamment réussi à tout perdre, applaudissez-moi.
On imagine presque le président, droit dans ses bottines, se tapant sur l’épaule devant William Ruto : « Regardez comme j’ai modernisé la relation franco-africaine ! Avant, on avait des bases militaires, des entreprises historiques et un peu d’influence. Maintenant ? Du vent, des juntes qui nous virent comme des malpropres et des drapeaux russes qui flottent là où flottait le tricolore. Magnifique, non ? »
Le génie de la « refondation »
Depuis 2017, Macron nous avait promis la « refondation » de la relation avec l’Afrique. Résultat des courses : Mali, Burkina Faso, Niger. Trois pays perdus en un clin d’œil, des putschistes qui nous jettent dehors pendant que nos soldats, qui combattaient effectivement les djihadistes, plient bagage sous les insultes. Mais selon le président, ce n’est pas un échec. C’est… un choix stratégique. Une évolution. Presque une victoire.
Il ose même critiquer la junte malienne : « Ils n’ont pas pris la meilleure décision. » Ah bon ? Parce que quand la France était là, tout allait pour le mieux ? On se souvient pourtant des images humiliantes de soldats français contraints de partir sous les quolibets, des bases abandonnées, des contrats perdus au profit de Wagner puis du groupe Africa Corps. Mais non, tout cela, c’est la faute des méchants putschistes. Pas du mépris, de l’arrogance et des discours moralisateurs venus de Paris.
Pendant ce temps, la Chine construit des ports, la Russie vend des armes et de la stabilité (façon Kremlin), la Turquie et les Émirats investissent. Et la France ? Elle organise un sommet au Kenya pour « diversifier ». Traduction : on s’accroche aux branches qui restent parce que l’arbre central est tombé.
Le « pré carré » devenu carré de sable
Le « pré carré » ? Ce concept honni par Macron. Ce vilain mot qui rappelle l’époque des gaullistes, des giscardiens et même des socialistes, où la France pesait encore quelque chose en Afrique francophone. Macron, lui, a décidé que c’était fini. Et il s’en vante. C’est un peu comme si le capitaine du Titanic, après avoir heurté l’iceberg, déclarait fièrement : « J’ai toujours détesté cette vieille coque ringarde, de toute façon. Place à la modernité ! » pendant que l’orchestre joue Nearer, My God, to Thee.
Résultat : sentiment antifrançais record du Sénégal à Madagascar, entreprises françaises qui rasent les murs, influence culturelle en berne, et un président qui parade devant 35 chefs d’État (en espérant qu’ils viennent) pour vanter 140 entreprises au Kenya. Formidable. On est passé du statut de puissance à celui de start-up nation qui cherche des « partenariats innovants » avec CMA CGM et 700 millions d’euros d’infrastructures. Du hard power au powerpoint power.
Au moins reconnaît-il sa responsabilité dans l’effondrement de l’influence française. Sauf qu’au lieu de dire « j’ai fait une bourde », il dit « j’ai eu raison de faire une bourde ».
Le testament d’un quinquennat
Ce sommet « Africa Forward » ressemble furieusement à un testament. À un an de la fin du second mandat, Macron fait le tour du propriétaire… de ce qu’il reste. Il regarde devant, dit-il. Oui, comme quelqu’un qui a brûlé tous les ponts derrière lui et qui s’émerveille du paysage de ruines.
On pourrait presque le plaindre. Presque. Parce qu’il y a quelque chose de tragiquement comique à voir cet homme, qui rêvait d’être le nouveau de Gaulle ou le nouveau Mitterrand, finir en VRP du « soft power » dans un pays où on parle anglais et où la France n’a jamais vraiment compté. Le symbole est cruel, mais tellement juste.
La France n’a plus de « pré carré ». Elle a désormais un joli petit bac à sable où Macron joue encore à être le grand stratège. Et il s’applaudit.
Pendant ce temps, les Africains, eux, avancent. Avec ou sans nous. Souvent sans. Et parfois contre.
C’est terminé cette époque, disait-il. Oui. Et c’est bien dommage.
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