Laurent Nuñez dégaine un nouveau projet de loi contre l’entrisme : efficacité ou affichage ?

Capture Youtube Europe 1

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, annonce un projet de loi destiné à lutter contre « toutes les formes de séparatisme et d’entrisme ». L’ambition affichée est large : il ne s’agirait plus seulement de cibler l’entrisme islamiste, mais l’ensemble des comportements jugés contraires aux principes républicains, qu’ils proviennent de groupes religieux, politiques ou idéologiques.

Sur le papier, l’objectif est clair : combler les lacunes des dispositifs existants et élargir le champ d’action de l’État face à des stratégies jugées plus diffuses et difficiles à identifier.

Un empilement législatif déjà conséquent

Le problème, c’est que ce type d’annonce ne surgit pas dans un désert juridique. Depuis plusieurs années, la France a multiplié les textes sur le sujet : loi contre le séparatisme en 2021, dispositifs antiterroristes renforcés, pouvoirs accrus de dissolution d’associations, contrôles administratifs étendus.

À chaque étape, le même constat : une volonté de répondre à une menace réelle, mais aussi une tendance à produire une nouvelle loi dès que les précédentes semblent insuffisantes.

D’où une question simple, presque mécanique : si les outils existent déjà, pourquoi n’ont-ils pas permis d’obtenir les résultats attendus ?

Des mesures qui prolongent l’existant

Le projet présenté reprend des leviers déjà connus, en les élargissant. Parmi les pistes évoquées : création d’un nouveau motif de dissolution d’associations pour « entrisme », interdiction d’activité en France pour des structures basées à l’étranger mais reconstituées après dissolution, renforcement du contrôle sur certaines publications jugées dangereuses.

Rien de révolutionnaire, donc, mais plutôt un durcissement progressif d’un cadre déjà existant. Une logique d’extension plus que de rupture.

Un concept d’« entrisme » difficile à cerner

Le cœur du texte repose sur la notion d’« entrisme », définie comme une stratégie de pénétration progressive des institutions, sans rupture visible avec les règles, mais avec l’objectif de les infléchir de l’intérieur.

Le problème tient à la nature même du concept : diffus, mouvant, difficile à prouver juridiquement. À force de vouloir viser des comportements subtils, le risque est d’aboutir à une loi large dans ses intentions, mais incertaine dans son application.

L’éternelle promesse d’efficacité

Comme souvent, l’exécutif assure vouloir aller « plus loin » que les textes précédents. Le projet est présenté comme une réponse à des failles identifiées, une manière de s’adapter à des stratégies plus sophistiquées.

Mais cette promesse d’efficacité accrue accompagne chaque nouvelle loi depuis des années. Et chaque fois, le débat revient : est-ce le cadre juridique qui manque, ou son application ?

Entre signal politique et réalité opérationnelle

Ce type de projet remplit aussi une fonction politique : montrer que l’État agit, qu’il ne reste pas passif face à des phénomènes perçus comme menaçants.

Reste à savoir si l’accumulation de textes produit réellement un effet concret sur le terrain, ou si elle entretient une forme d’illusion d’action. À force d’ajouter des couches législatives, on peut finir par se demander si la solution ne réside pas ailleurs : dans les moyens humains, le renseignement, ou la capacité à faire appliquer ce qui existe déjà.

Au fond, la question n’est pas tant de savoir si cette loi est utile, mais pourquoi, cette fois-ci, elle réussirait là où les précédentes ont peiné à convaincre.

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