Dans un entretien au Journal du Dimanche publié samedi, Bruno Retailleau a haussé le ton contre Emmanuel Macron. Le président des Républicains et candidat à l’élection présidentielle de 2027 reproche au chef de l’État de céder aux pressions algériennes et de sacrifier les intérêts français sur l’autel d’une « mauvaise conscience » mémorielle.
Cette offensive intervient quelques jours après les propos controversés d’Emmanuel Macron. Lors d’un déplacement dans l’Ariège, le président avait qualifié de « mabouls » ceux qui souhaitent une ligne plus ferme vis-à-vis d’Alger. Une expression que Bruno Retailleau juge indigne : « Ce mot n’a pas sa place dans la bouche d’un président de la République. Il trahit une perte de sang-froid et un certain mépris. »
Pour l’ancien ministre de l’Intérieur, l’enjeu dépasse largement sa personne. « Bien sûr que j’étais visé, mais le sujet ce n’est pas moi : c’est notre pays », insiste-t-il, accusant Emmanuel Macron de ne pas faire respecter la France et de ne pas protéger suffisamment les Français, notamment face au refus répété de l’Algérie de reprendre ses ressortissants expulsables.
Retailleau dénonce une « dépendance idéologique » du président à l’égard d’Alger. « Emmanuel Macron est l’otage consentant des chantages mémoriels du gouvernement algérien », assène-t-il. Selon lui, le régime algérien entretient une hostilité permanente envers la France pour masquer ses propres échecs internes. Il regrette que Paris accepte cette situation, qualifiant cela d’ « abdication de la fierté française ».
L’ancien locataire de Beauvau met particulièrement en cause le non-respect par l’Algérie de l’accord de 1994 sur les réadmissions. Dès lors que la nationalité d’un individu est établie, Alger devrait le reprendre, mais cela ne se produit pas, déplore-t-il. Il cite l’attentat de Mulhouse comme une illustration tragique des risques sécuritaires liés à ces dysfonctionnements. Dans les centres de rétention, les profils algériens représenteraient plus de 40 % des cas les plus dangereux, selon ses informations.
Le chef de file des Républicains balaie également l’argument avancé par l’entourage présidentiel sur la présence de médecins algériens dans les hôpitaux français. « C’est un faux prétexte. Le sujet, ce ne sont pas les médecins, ce sont les étrangers dangereux sous OQTF », tranche-t-il.
Sur le plan migratoire, Bruno Retailleau dénonce des chiffres qu’il juge éloquents : plus de 200.000 visas délivrés en 2025 à des ressortissants algériens, alors que les laissez-passer consulaires nécessaires aux expulsions étaient accordés au compte-gouttes. Il estime que les résultats revendiqués par le gouvernement – moins d’une centaine d’OQTF exécutées depuis le début de l’année – relèvent du « mensonge » et sont « très faibles ».
Face à cette situation, l’ancien ministre plaide pour une politique de réciprocité claire : la délivrance des visas doit être proportionnée au niveau de coopération des pays d’origine en matière de réadmissions. Une règle qu’il dit avoir tenté d’instaurer pendant son passage Place Beauvau.
Autre mesure forte qu’il défend : la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, qu’il juge « profondément déséquilibré et totalement anachronique ». S’il accédait au pouvoir, il s’engage à le faire « dès les premiers mois ».
Bruno Retailleau relie cette posture présidentielle à la déclaration de 2017 dans laquelle Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». Selon lui, le chef de l’État reste prisonnier de cette « mauvaise conscience progressiste qu’est la repentance ». « Aucune douleur ne donne le droit au gouvernement algérien de mépriser et d’insulter la France », conclut-il.
Au-delà du cas algérien, ces critiques illustrent, pour Bruno Retailleau, l’un des principaux échecs diplomatiques d’Emmanuel Macron sur le continent africain. Sa ligne, martèle-t-il, est simple : « La France doit être respectée, et les Français protégés. »
Cet échange nourrit un peu plus le débat sur la politique étrangère et migratoire française à l’approche de l’échéance présidentielle de 2027. Il marque surtout une volonté assumée de la droite républicaine de rompre avec ce qu’elle perçoit comme une forme de faiblesse face aux exigences d’Alger.
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