Le blocage du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique entre le Golfe persique et l’océan Indien, fait peser un risque croissant sur l’approvisionnement énergétique mondial. En temps normal, près de 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde transitent par cette zone. Depuis la fin février, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, la navigation y est fortement perturbée, sous l’effet combiné des actions iraniennes et des mesures de blocage visant les ports iraniens.
Cette situation a déjà réduit de manière significative les flux d’hydrocarbures, avec seulement quelques navires autorisés à circuler, principalement liés à l’Iran. L’impact est global : les marchés énergétiques sont sous tension et les stocks disponibles ont commencé à diminuer.
L’alerte de Patrick Pouyanné
Le PDG de TotalEnergies a lancé un avertissement clair : si la situation perdure encore deux à trois mois, une pénurie énergétique pourrait toucher la France, et plus largement le bassin atlantique.
Selon lui, les réserves actuellement disponibles ont permis d’absorber le choc initial. Toutefois, cette capacité d’amortissement arrive à ses limites. Il souligne qu’il est impossible de maintenir durablement hors d’accès une part aussi importante des ressources mondiales sans provoquer de conséquences majeures sur les prix et les approvisionnements.
Le dirigeant a également indiqué que son groupe avait déjà perdu environ 15 % de sa production au Moyen-Orient depuis le début du conflit, illustrant concrètement l’impact industriel de la crise.
Un risque différencié selon les régions
À ce stade, la pénurie ne touche pas encore les pays occidentaux de manière directe. En revanche, certaines économies asiatiques commencent déjà à subir des tensions sur l’approvisionnement énergétique. Cette disparité s’explique notamment par la géographie des flux et par la capacité variable des États à mobiliser des stocks stratégiques.
L’Europe, bien que moins exposée à court terme que l’Asie, reste vulnérable en raison de sa dépendance aux importations d’hydrocarbures, en particulier en provenance du Golfe.
La question de la résilience des infrastructures
Face à cette situation, Patrick Pouyanné plaide pour une transformation des infrastructures énergétiques mondiales. Il met en avant la nécessité d’investir dans des solutions alternatives au transport maritime via Ormuz, notamment à travers le développement de réseaux de pipelines.
L’objectif est de diversifier les voies d’acheminement afin de réduire la dépendance à un seul point de passage stratégique. Cette approche s’inscrit dans une logique de « résilience » des chaînes d’approvisionnement, devenue un enjeu central dans un contexte géopolitique instable.
Un enjeu géopolitique majeur
Le blocage du détroit d’Ormuz illustre la fragilité structurelle du système énergétique mondial, fortement concentré autour de quelques zones clés. Toute perturbation dans ces points de passage peut avoir des répercussions immédiates à l’échelle globale.
La résolution de cette crise dépendra essentiellement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et des décisions politiques prises par les grandes puissances impliquées. En attendant, les acteurs du secteur énergétique, comme TotalEnergies, anticipent déjà des scénarios de tension prolongée.
Si le blocage devait se prolonger, l’équilibre entre offre et demande pourrait être durablement affecté, ouvrant la voie à une nouvelle phase de volatilité énergétique mondiale.


