Saint-Tropez sans Bardot : la contrebande remplace les bikinis

Illustration : Le JDF

Il fut un temps où le simple nom de Saint-Tropez évoquait immédiatement une silhouette, une allure, une lumière. Celle de Brigitte Bardot, évidemment. Une époque où le village varois incarnait une forme de liberté insouciante, un art de vivre solaire, une légèreté presque insolente.

Aujourd’hui, l’image a changé. Radicalement.

La dernière illustration en date tient en quelques chiffres : sept tonnes de cigarettes de contrebande découvertes dans un banal box de parking à Sainte-Maxime, au cœur du golfe. Sept tonnes. Pas un fond de cale oublié, pas une petite affaire marginale, mais une organisation suffisamment structurée pour stocker à l’abri des regards une quantité industrielle de tabac illégal.

Le contraste est saisissant.

Du mythe au fait divers

Autrefois, Saint-Tropez était un décor. Pas au sens artificiel du terme, mais au sens noble : un lieu qui attirait, fascinait, inspirait. Les artistes, les cinéastes, les écrivains y trouvaient matière à créer. Les anonymes y cherchaient un fragment de rêve.

Aujourd’hui, ce sont les enquêteurs de la douane et les magistrats de la Juridiction interrégionale spécialisée qui s’y intéressent.

Surveillances, filatures, perquisitions à Cogolin et Ramatuelle, saisies de matériel, mise en examen pour importation frauduleuse en bande organisée, blanchiment et association de malfaiteurs : le vocabulaire a changé lui aussi. Il ne sent plus la crème solaire, mais le dossier judiciaire.

Et l’on découvre, presque sans surprise, que l’individu surveillé n’en était pas à son coup d’essai, déjà impliqué dans une autre affaire de trafic international.

Une transformation silencieuse

Bien sûr, Saint-Tropez reste Saint-Tropez. Les yachts sont toujours là, les terrasses aussi, et l’été continuera d’attirer son cortège d’habitués et de curieux. Mais quelque chose s’est déplacé.

Ce genre d’affaire n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une évolution plus large, où les lieux les plus emblématiques finissent, eux aussi, par être rattrapés par des logiques beaucoup plus prosaïques : celles du commerce parallèle, des réseaux structurés, de la rentabilité clandestine.

Le glamour, lui, ne disparaît pas complètement. Il cohabite simplement avec autre chose.

Bardot, ou le symbole d’un âge révolu

Dire que tout a changé « depuis la mort de Brigitte Bardot » relève évidemment de l’ironie. Mais l’image fonctionne, parce qu’elle dit quelque chose de juste : la disparition d’un symbole entraîne souvent, dans les esprits, celle de tout un monde.

Bardot, c’était plus qu’une actrice. C’était une incarnation. Une époque où Saint-Tropez n’était pas seulement un lieu, mais une idée.

Aujourd’hui, cette idée s’est diluée. Elle n’a pas totalement disparu, mais elle s’est fragmentée, mêlée à d’autres réalités, beaucoup moins romanesques.

Et pendant que l’on continue de vendre des souvenirs et des cartes postales, d’autres activités, elles, se développent à l’ombre des palmiers.

Le décor tient, mais le scénario a changé

Au fond, rien d’étonnant. Les lieux mythiques ne sont jamais figés. Ils évoluent, parfois lentement, parfois brutalement. Saint-Tropez ne fait pas exception.

Simplement, entre une icône en maillot de bain sur une plage et des cartons de cigarettes empilés dans un box de parking, le saut est plus brutal qu’on ne voudrait l’admettre.

Le décor est toujours là, mais le film n’est plus tout à fait le même.

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