Des écoles en Angleterre invitées à prendre en compte la charia dans l’enseignement des disciplines artistiques

Photo : Apri Rianto / Unsplash

Les écoles de certaines régions du nord de l’Angleterre ont été invitées à prendre en compte les sensibilités religieuses de certaines familles musulmanes dans l’enseignement de disciplines artistiques telles que le dessin, la musique ou la danse. Des documents d’orientation diffusés par plusieurs autorités locales suggèrent notamment que certains travaux réalisés par les élèves pourraient être considérés comme problématiques au regard de certaines interprétations de la loi islamique.

Des recommandations émises par des conseils municipaux

Ces directives proviennent de conseils municipaux dirigés par des élus du parti travailliste, notamment dans des collectivités locales telles que Leeds, Calderdale, Oldham ou Wakefield. Elles figurent dans un document intitulé Sharing the Journey, destiné à aider les enseignants à mieux comprendre les pratiques religieuses de leurs élèves et à adapter certaines activités pédagogiques si nécessaire.

Le guide explique que, pour certains parents musulmans, certaines matières du programme scolaire peuvent susciter des réserves. Sont mentionnées notamment l’éducation artistique, la musique, la danse, l’éducation physique ou encore certains aspects de l’enseignement religieux et de l’éducation à la vie relationnelle et sexuelle.

Selon ce document, les enseignants sont encouragés à faire preuve de souplesse afin de tenir compte des convictions religieuses des familles tout en maintenant l’application du programme national britannique.

La question des représentations figuratives

Le point le plus discuté concerne les activités de dessin et d’arts plastiques. Le guide rappelle qu’une tradition artistique importante existe dans la civilisation islamique, notamment autour des motifs géométriques, de la calligraphie ou des représentations abstraites de la nature.

Cependant, certaines interprétations religieuses considèrent la représentation figurative d’êtres humains ou de prophètes comme problématique, voire assimilable à de l’idolâtrie. Le document indique ainsi que « des images tridimensionnelles d’êtres humains peuvent être perçues comme idolâtres par certains musulmans ».

Les enseignants sont donc invités à éviter de demander aux élèves de reproduire des images de figures religieuses reconnues dans l’islam, telles que Jésus ou le prophète Mahomet. Il est également mentionné que certains élèves musulmans peuvent préférer ne pas dessiner la figure humaine.

Cette position s’appuie sur plusieurs hadiths — récits rapportant des paroles et des actions attribuées au prophète Mahomet — qui ont contribué à la formation de certaines règles de la tradition juridique islamique, la charia.

Musique et danse également évoquées

Le document aborde également la question de la musique. Il rappelle qu’au sein de certaines traditions islamiques, la musique est parfois considérée comme acceptable uniquement sous certaines formes très spécifiques, notamment le chant accompagné d’instruments de percussion simples.

Dans cette perspective, certaines familles peuvent considérer que certains instruments ou certaines chansons entrent en contradiction avec leurs convictions religieuses. Les écoles sont donc encouragées à écouter les préoccupations des parents et à envisager des aménagements lorsque des élèves estiment qu’une activité musicale pose problème.

Le guide précise toutefois que la musique ne peut être exclue du programme scolaire et que les établissements doivent trouver un équilibre entre respect des croyances et maintien des enseignements obligatoires.

Concernant la danse, certaines inquiétudes peuvent également surgir lorsque les activités impliquent des contacts physiques entre garçons et filles, ce qui peut être contraire aux règles de pudeur observées par certaines familles.

Un contexte marqué par des tensions passées

La question des représentations religieuses à l’école demeure particulièrement sensible au Royaume-Uni depuis l’affaire survenue en 2021 à Batley Grammar School, dans le Yorkshire. Un enseignant avait alors montré en classe une caricature du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

Cet épisode avait provoqué des manifestations devant l’établissement et l’enseignant avait dû être placé sous protection policière. Il vit toujours dans la clandestinité par crainte de représailles.

Le guide pédagogique mentionné dans les directives émane notamment de collectivités locales situées dans cette région, dont Kirklees, qui couvre le territoire de Batley.

Un objectif affiché de cohésion sociale

Les autorités locales présentent ces recommandations comme un outil visant à favoriser la compréhension entre les différentes communautés. L’introduction du document explique qu’il peut contribuer à « renforcer l’harmonie et la cohésion » dans des territoires où coexistent des populations de cultures et de religions diverses.

Ces orientations interviennent alors que le gouvernement britannique insiste sur la nécessité de surveiller les actes d’hostilité envers les musulmans, dans un contexte de préoccupations liées aux tensions communautaires.

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