Le Parlement britannique vient de franchir une étape symbolique dans la modernisation de ses institutions. Une loi adoptée récemment met fin à la présence des pairs héréditaires à la Chambre des Lords, mettant un terme à un système remontant à plusieurs siècles.
À la fin de la session parlementaire actuelle, prévue en mai, la chambre haute du Parlement devrait perdre près d’une centaine de membres. Les 92 pairs qui y siégeaient encore en vertu de leur naissance ne pourront plus occuper leur siège.
Pour beaucoup d’observateurs attachés aux traditions britanniques, l’affaire ressemble à un nouvel épisode de la vieille complainte nationale : « tout fout l’camp ».
La fin d’un privilège ancestral
Depuis des siècles, certains membres de la Chambre des Lords siégeaient non pas parce qu’ils avaient été nommés, mais simplement parce qu’ils avaient hérité d’un titre de noblesse.
Ce mécanisme avait déjà été largement réduit en 1999, sous le gouvernement de Tony Blair. À l’époque, plus de 600 pairs héréditaires avaient été exclus de la chambre. Mais un compromis politique avait permis à 92 d’entre eux de rester temporairement.
Cette exception vient désormais de disparaître.
Le gouvernement travailliste, qui avait promis cette réforme durant la campagne électorale, considère ce système comme « archaïque et antidémocratique ». Selon les autorités, un Parlement moderne ne doit pas permettre à un individu de voter les lois simplement en raison de son ascendance.
Un compromis politique avec les conservateurs
La réforme n’a pourtant pas été adoptée sans négociations.
La Chambre des Lords compte environ 800 membres et le gouvernement n’y dispose pas d’une majorité confortable. Les conservateurs et les indépendants y restent très influents.
Pour débloquer la situation, un compromis a été trouvé : quinze pairs conservateurs dont les sièges étaient héréditaires pourront conserver leur place en étant nommés pairs à vie.
Cette concession a permis d’éviter un blocage institutionnel qui durait depuis plusieurs mois.
« Ma famille siégeait ici depuis 900 ans »
Du côté des principaux intéressés, la réforme suscite parfois une certaine amertume.
Le comte du Devon, l’un des pairs concernés, a rappelé que sa famille siégeait à la Chambre des Lords depuis près de neuf siècles. Il a également regretté que le délai accordé avant leur départ soit plus court que ce que l’on exigerait normalement dans un licenciement classique.
L’intéressé n’exclut toutefois pas un retour futur : cette fois, précise-t-il, « grâce à mes compétences et non en vertu de mon droit de succession ».
Une remarque qui résume assez bien l’esprit de la réforme.
Une chambre déjà très particulière
La Chambre des Lords reste néanmoins une institution atypique.
Ses membres ne sont pas élus. Ils sont nommés à vie par le monarque sur proposition du premier ministre. Beaucoup viennent du monde politique, universitaire, économique ou culturel. On y trouve aussi des représentants de l’Église anglicane, dont l’archevêque de Canterbury.
L’assemblée est souvent critiquée pour son manque de représentativité : l’âge moyen des Lords dépasse 70 ans, et les femmes n’y représentent qu’environ 29 % des membres.
Autrement dit, même après la disparition des héritiers aristocratiques, certains Britanniques continueront probablement de répéter leur refrain préféré : décidément, à Westminster… tout fout l’camp.
Et cette fois, ce sont neuf siècles d’histoire qui viennent discrètement de tirer leur révérence.
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