Il n’y a eu ni explosion, ni fusillade, ni hélicoptère survolant les murs de la prison. Rien de spectaculaire, au sens habituel du terme. Et pourtant, l’évasion d’Ilyas Kherbouch, surnommé « Ganito », de la maison d’arrêt de Villepinte, relève d’un scénario presque irréel.
Le détenu, considéré comme particulièrement dangereux et soupçonné d’avoir commandité plusieurs violents home-jackings depuis sa cellule, s’est volatilisé au cours du week-end. Mais la façon dont il a quitté l’établissement laisse les observateurs stupéfaits : il n’a pas forcé la prison. On l’a simplement laissé partir.
L’arrivée des faux policiers
Tout commence de manière banale. Deux hommes se présentent à l’entrée de la prison de Villepinte. Ils affirment être policiers et viennent procéder à l’extraction d’un détenu.
Dans le système pénitentiaire français, ce type de déplacement est fréquent. Un prisonnier peut être extrait pour être entendu par un juge, confronté à d’autres suspects ou présenté à un magistrat instructeur.
Les deux hommes présentent alors un document officiel : un mandat d’amener signé d’un juge d’instruction. Le papier semble parfaitement en règle.
L’administration pénitentiaire, habituée à ce genre de procédure, vérifie les éléments et entame le processus administratif classique. À ce stade, rien ne paraît suspect.
La mécanique administrative se met en marche
Une extraction judiciaire suit un protocole précis. Une fois la demande transmise, les agents pénitentiaires doivent identifier le détenu, vérifier le mandat et organiser sa remise aux forces de l’ordre chargées de l’escorter.
Les deux faux policiers se présentent donc au greffe de la prison, l’endroit où sont gérées toutes les démarches administratives concernant les détenus.
Le mandat est consulté. Les identités semblent correspondre. Le document paraît authentique.
Dans un système encore largement fondé sur la confiance dans le document papier, la procédure suit son cours.
Les agents pénitentiaires vont alors chercher le détenu dans sa cellule.
Le détenu est remis aux imposteurs
Ilyas Kherbouch est extrait de sa cellule, escorté jusqu’au greffe et présenté aux policiers censés l’emmener.
À ce moment précis, l’opération atteint son point le plus surréaliste.
Le détenu est officiellement remis à ces hommes qui prétendent être des policiers. Les formalités sont complétées. Les signatures sont apposées.
Puis la porte s’ouvre.
Sous escorte, « Ganito » quitte la prison par la voie la plus normale qui soit : la sortie administrative.
Aucune alarme. Aucun soupçon immédiat.
La prison vient littéralement de livrer un détenu dangereux à des imposteurs.
Une disparition pendant deux jours
Le plus étonnant survient ensuite.
L’évasion ne sera découverte que lundi en fin de journée, alors que l’opération s’est déroulée samedi.
Pendant près de quarante-huit heures, personne ne réalise que le détenu n’est plus sous contrôle.
Dans l’esprit de l’administration pénitentiaire, il est probablement en garde à vue ou en audition judiciaire, comme cela arrive régulièrement après une extraction.
Ce n’est qu’en recoupant les informations que l’anomalie apparaît : aucun service de police ne détient en réalité le prisonnier.
Les policiers venus le chercher… n’étaient pas policiers.
Le mandat… était faux.
Et le détenu… a disparu.
Le portrait d’un détenu déjà très redouté
Âgé d’une vingtaine d’années, Ilyas Kherbouch était déjà considéré par les enquêteurs comme une figure montante du néobanditisme.
Selon les services spécialisés, il aurait organisé plusieurs cambriolages violents visant des personnalités, notamment le gardien de but du PSG Gianluigi Donnarumma ou le chef étoilé Simone Zanoni.
Plus inquiétant encore : les enquêteurs le soupçonnent d’avoir continué à diriger certaines opérations criminelles depuis sa cellule, en recrutant des exécutants sur les réseaux sociaux.
Son casier judiciaire comporte déjà de nombreuses mentions malgré son jeune âge.
Une fraude d’une simplicité déconcertante
Au-delà du profil du détenu, l’affaire interroge surtout par la simplicité du stratagème.
Pas de technologie sophistiquée. Pas de complice infiltré dans la prison. Pas de violence.
Un faux document.
Deux hommes crédibles.
Et un système administratif qui continue, dans une large mesure, à faire confiance au papier.
C’est cette combinaison qui donne à l’affaire une dimension presque irréelle : la prison n’a pas été prise d’assaut, elle a été trompée.
Et c’est précisément cette tromperie, froide et méthodique, qui rend l’évasion de « Ganito » si déroutante.


