Dimanche 8 mars, les Suisses sont appelés à se prononcer sur une initiative qui pourrait profondément transformer l’audiovisuel public du pays. Portée par l’Union démocratique du centre (UDC), premier parti de Suisse, la proposition vise à réduire la redevance audiovisuelle payée par les ménages, aujourd’hui fixée à 335 francs suisses par an, pour la ramener à 200 francs.
Pour ses promoteurs, il s’agit d’un simple rééquilibrage. Pour ses adversaires, c’est une menace pour l’existence même du service public audiovisuel. La votation a donc déclenché une campagne particulièrement politisée, inhabituelle dans un pays pourtant coutumier des consultations populaires.
Une redevance jugée excessive
Depuis des années, une partie importante de l’opinion suisse critique le coût du système audiovisuel public. La Société suisse de radiodiffusion et télévision (SRG SSR) emploie plus de 7 000 personnes et exploite 17 chaînes de radio et de télévision diffusant en allemand, français, italien et romanche.
Pour l’UDC, cette structure est devenue disproportionnée. Selon le parti, les contribuables financent un appareil médiatique coûteux qui dépasse largement la mission de service public. La réduction de la redevance serait donc un moyen de contraindre l’institution à revenir à ses fonctions essentielles : information nationale, actualité locale et programmes culturels.
Dans ce schéma, le divertissement et le sport pourraient être pris en charge par les chaînes privées, jugées plus efficaces pour produire ce type de contenus.
Une critique idéologique du service public
La campagne de l’UDC ne se limite pas à une question budgétaire. Le parti accuse depuis longtemps l’audiovisuel public de partialité politique.
Plusieurs figures du mouvement, dont le député et financier zurichois Thomas Matter, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une orientation idéologique marquée. Selon eux, la SRG SSR serait devenue une institution dominée par des sensibilités progressistes et écologistes, éloignée des préoccupations d’une partie importante de la population.
Ces critiques s’inscrivent dans un mouvement plus large observé dans plusieurs démocraties occidentales, où les médias publics sont accusés par certains partis de favoriser une vision du monde proche de la gauche culturelle et politique.
Une coalition du statu quo
Face à l’initiative, une coalition très large s’est formée. Tous les partis politiques suisses, à l’exception de l’UDC, se sont rangés dans le camp du refus. Les milieux culturels, sportifs et une partie du monde médiatique se mobilisent également pour défendre la SRG SSR.
Leur argument principal repose sur la spécificité linguistique et culturelle de la Suisse. Le service public permettrait, selon eux, de garantir une couverture médiatique dans les quatre langues nationales et d’assurer la cohésion du pays.
Les défenseurs du système actuel évoquent notamment la situation du romanche, langue parlée par environ 40 000 personnes dans certaines vallées alpines. Sans les médias publics, affirment-ils, cette minorité linguistique perdrait l’un de ses principaux vecteurs d’expression.
Le débat sur le rôle de l’État dans les médias
Derrière la votation se cache en réalité une question plus fondamentale : quelle doit être la place de l’État dans l’écosystème médiatique ?
Pour les partisans de l’initiative, l’intervention publique dans l’audiovisuel a pris une ampleur excessive. À leurs yeux, l’existence d’un acteur financé par une taxe obligatoire crée une concurrence déloyale vis-à-vis des médias privés.
La réduction de la redevance constituerait donc une manière de rééquilibrer le paysage médiatique et de redonner plus d’espace aux initiatives privées.
Un scrutin incertain
Les sondages publiés à la fin du mois de février indiquaient une avance du camp du « non », avec environ 54 % d’intentions de vote contre l’initiative. Une autre enquête évoquait un rejet autour de 57 %.
Malgré cette tendance, la campagne a montré qu’une part importante de la population partage les critiques formulées contre le service public audiovisuel.
Quelle que soit l’issue du scrutin, la votation marque déjà un tournant dans le débat suisse sur les médias. Elle révèle l’ampleur de la défiance qui s’est installée à l’égard des institutions médiatiques traditionnelles et la volonté croissante d’une partie de l’électorat de remettre en question leur modèle de financement.
Pour la droite populiste helvétique, le message est simple : l’époque où les contribuables finançaient sans discuter un audiovisuel public tentaculaire touche peut-être à sa fin.
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