Les États-Unis ont engagé au Moyen-Orient un dispositif militaire d’une ampleur inédite depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Selon les chiffres cités par Le Figaro, environ 50.000 soldats américains sont actuellement répartis dans la zone du United States Central Command (CENTCOM), qui couvre le Moyen-Orient, une partie de l’Afrique de l’Est et l’Asie centrale.
Ce déploiement intervient dans un contexte de frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et de tensions croissantes autour du programme nucléaire de Téhéran, ainsi que de ses capacités balistiques.
Deux porte-avions et près de 200 avions de combat
Le cœur du dispositif repose sur deux groupes aéronavals : l’USS Abraham Lincoln (CVN-72), déployé depuis fin janvier, et l’USS Gerald R. Ford (CVN-78), présenté comme le plus grand porte-avions du monde, venu renforcer la présence américaine à partir de la mi-février.
Au total, environ 200 avions de combat seraient engagés dans la région, en mer et sur les bases américaines. Parmi eux figurent plus de 30 F-35, plus de 10 F-22, plus de 30 F-16 et plus de 30 F-15E, selon les données du Center for Strategic and International Studies (CSIS). À ces appareils s’ajoutent des avions de surveillance et de détection, notamment des E-3 AWACS, ainsi que des ravitailleurs et d’autres moyens de soutien.
Douze F-22 Raptor supplémentaires ont par ailleurs atterri en Israël le 24 février, signal d’une coordination militaire étroite entre Washington et l’État hébreu.
En mer, une vingtaine de bâtiments opèrent aux côtés des deux porte-avions : destroyers, frégates, croiseurs et sous-marins assurent la protection et la projection de puissance du groupe.
Une capacité principalement aérienne
Contrairement aux opérations de 1991 et de 2003 contre l’Irak, le dispositif actuel ne comprend pas de forces terrestres massives prêtes à envahir un territoire. L’essentiel des moyens déployés est orienté vers une campagne aérienne potentielle.
Le CSIS souligne d’ailleurs que, dans l’état actuel, ces forces seraient suffisantes pour des frappes ciblées ou une opération limitée, mais qu’une campagne aérienne prolongée de plusieurs semaines nécessiterait un renforcement logistique important.
En juin 2025, les États-Unis avaient déjà mené l’opération « Midnight Hammer » contre des installations nucléaires iraniennes, mobilisant plus de 125 appareils, dont sept bombardiers furtifs B-2 Spirit partis directement du territoire américain. Quatorze bombes anti-bunker GBU-57 avaient alors été utilisées sur trois sites stratégiques.
Comparaison avec 1991, 1998 et 2003
En 1991, lors de l’opération « Tempête du Désert » contre l’Irak de Saddam Hussein, les États-Unis avaient déployé 535.000 soldats, 80 bâtiments, six porte-avions, 1.350 avions et 1.000 chars, dans le cadre d’une coalition d’une trentaine de pays. La campagne aérienne avait duré trois semaines, précédant une offensive terrestre éclair.
En 1998, l’opération « Desert Fox », conduite sous la présidence de Bill Clinton, avait consisté en quatre jours de bombardements, avec deux porte-avions, environ 100 avions embarqués et plusieurs dizaines d’appareils supplémentaires basés à terre. Aucune force terrestre n’avait été engagée.
En 2003, l’invasion de l’Irak avait mobilisé environ 250.000 soldats américains au sein d’une coalition de 48 pays. Cinq groupes aéronavals avaient été déployés, appuyés par plus de 1.800 aéronefs de combat et de soutien. Les opérations majeures avaient officiellement pris fin le 1er mai 2003, même si la présence militaire américaine s’est poursuivie jusqu’en 2011.
À l’échelle historique, le déploiement actuel reste inférieur à celui de 1991 et de 2003, mais il constitue le plus important rassemblement de puissance aérienne américaine dans la région depuis plus de vingt ans.
Objectifs et incertitudes stratégiques
Officiellement, le président américain a affirmé privilégier la diplomatie et demander l’arrêt du programme nucléaire iranien, la fin du soutien aux milices régionales et la limitation de la portée des missiles balistiques iraniens.
Des négociations se sont tenues à Genève dans la semaine précédant les frappes. Toutefois, plusieurs observateurs s’interrogent sur la finalité d’un tel renforcement militaire. Le chercheur Robert A. Pape, professeur à l’Université de Chicago, a estimé que les États-Unis n’avaient « jamais déployé une telle force contre un ennemi potentiel sans lancer de frappes ».
Huit mois après l’opération « Midnight Hammer », le programme nucléaire iranien n’a pas été totalement neutralisé, selon les propres aveux américains, ce qui alimente les spéculations sur une possible nouvelle séquence militaire.
Le dispositif actuel traduit donc une montée en pression significative autour de l’Iran, sans qu’un scénario d’escalade ou de désescalade ne soit à ce stade clairement établi.
L'actualité internationale et les enjeux géopolitiques ont une grande influence sur la vie des Français. Pour cette raison, le Journal des Français fournit à ses lecteurs une relation et une analyse des événements internationaux les plus importants.
Vous lisez cet article parce qu'il est d'accès entièrement gratuit, offert à tous les lecteurs. D'autres articles sont réservés à nos abonnés.
En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer avec un regard libre sur les événements internationaux.
5€/mois — petits revenus
7€/mois
RecommandéAccès abonnés :
- ✓Lecture de tous nos contenus réservés aux abonnés
- ✓Possibilité de commenter tous nos articles
- ✓Gestion de votre abonnement en un clic


