Quentin est mort, après une agression en bande organisée survenue le jeudi 12 février en soirée à Lyon. Le parquet a indiqué que l’enquête, ouverte d’abord pour « violences aggravées », est désormais conduite pour « coups mortels aggravés ».
Il y a, dans cette affaire, une mécanique désormais bien huilée : l’identité politique proclamée sert de bouclier moral. L’agresseur se dit « antifasciste » ; donc, par une pirouette, ses actes seraient moins graves, moins condamnables, presque excusables. Ce raisonnement est une fraude intellectuelle. On n’est pas vertueux parce qu’on se colle une étiquette ; on l’est par ses actes.
Et quand les actes consistent à poursuivre, frapper à plusieurs, s’acharner, laisser un homme au sol — alors il ne s’agit plus d’une « cause », mais d’une violence organisée. Le vocabulaire doit suivre la réalité, pas l’inverse.
« Antifasciste » n’est pas un statut moral, c’est un slogan
Le mot « antifasciste » décrit, au mieux, une position. Il ne confère ni immunité ni supériorité. Pire : à force de l’employer comme un brevet de respectabilité, on fabrique un angle mort. Tout devient flou : on ne parle plus de coups, on parle de « tension » ; plus de bandes, mais de « militants » ; plus de lynchage, mais de « rixe ». Même lorsqu’il y a un mort, on hésite sur les mots.
Or une milice, c’est simple : un groupe qui se substitue à la loi, s’arroge le droit de punir, intimider, « nettoyer » la rue — et justifie cela par une idéologie. Qu’elle se prétende « antifasciste » ou autre chose ne change rien à sa nature : c’est un fascisme, réel.
Le piège politique : transformer un homicide en bataille de communication
Comme toujours, les camps cherchent à déplacer le centre de gravité : on parlera de la victime, de ses idées, de ses fréquentations, de qui l’invitait, de qui le soutenait, de qui tweetait quoi. Le débat devient un ring d’éléments de langage, alors que le cœur du sujet est froid, banal, tragique : un jeune est mort après des violences volontaires et politiques, et l’État doit identifier, poursuivre et faire condamner les auteurs et ceux qui les inspirent, qui les motivent, qui les envoient au choc.
Ce que cette affaire dit de l’époque
On vit un temps où certains croient pouvoir frapper « du bon côté ». C’est précisément comme cela que naissent les violences politiques durables : chacun se donne le droit de cogner, parce qu’il s’est persuadé d’être le rempart du bien. C’est ainsi que les guerres civiles commencent.
Appeler les choses par leur nom, enfin
Si l’enquête établit des violences en réunion, préméditées, avec armes, guet-apens ou acharnement, alors il faudra le dire et le juger comme tel, sans maquillage sémantique. Les mots ne ramèneront pas Quentin, mais ils éviteront au moins qu’un homicide soit dilué dans une novlangue confortable.
On ne peut pas, d’un côté, prétendre combattre le fascisme, et de l’autre, appliquer exactement ses réflexes de milice : l’intimidation, le passage à tabac, la meute, la loi du plus nombreux.


