Depuis plusieurs années, la cybersécurité s’impose comme un enjeu majeur pour les États, les entreprises et les services publics. L’année 2025 a marqué une étape importante avec une succession d’attaques d’ampleur, touchant des institutions françaises majeures. Des incidents ont notamment concerné France Travail, des établissements hospitaliers ou encore des organisations financières, illustrant l’extension progressive du périmètre des cibles.
Selon plusieurs experts du secteur, la question n’est désormais plus de savoir si une organisation sera attaquée, mais à quel moment. Cette évolution s’explique par la professionnalisation croissante des cybercriminels et par l’augmentation du nombre de structures numériques vulnérables.
Des attaques devenues massives et structurées
Les offensives informatiques ont profondément évolué. Elles ne relèvent plus uniquement d’initiatives isolées, mais s’inscrivent désormais dans des stratégies organisées. Certaines opérations seraient coordonnées par des groupes structurés, parfois soutenus indirectement par des États, dans le cadre de stratégies de déstabilisation.
Les données officielles illustrent cette progression. En 2024, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a recensé plus de 4.300 incidents de sécurité, soit une hausse notable en un an. Le ministère de l’Intérieur évoque quant à lui près de 400.000 atteintes numériques recensées sur la même période, une augmentation de 74 % sur cinq ans.
L’industrialisation des rançongiciels
Les rançongiciels constituent aujourd’hui l’une des menaces les plus visibles. Ces logiciels malveillants bloquent l’accès aux systèmes informatiques et exigent le paiement d’une rançon pour restaurer les données.
Le fonctionnement de ces attaques s’apparente désormais à un modèle économique structuré. Certains groupes criminels développent les outils informatiques et les commercialisent auprès d’autres cybercriminels selon un système comparable à la franchise. Les bénéfices sont ensuite répartis selon des accords préétablis.
Les conséquences peuvent être particulièrement graves lorsqu’elles touchent des infrastructures critiques. L’attaque d’un centre hospitalier en 2025 a contraint le personnel médical à abandonner temporairement les outils numériques, entraînant des retards dans les soins. Dans le secteur industriel, une cyberattaque contre un constructeur automobile britannique a paralysé la production pendant plusieurs semaines, affectant également ses sous-traitants et générant un impact économique mesurable.
L’augmentation des attaques par saturation des réseaux
Les attaques par déni de service, qui consistent à saturer un système informatique par un flux massif de connexions, connaissent également une progression rapide. Leur objectif principal est de rendre les services indisponibles, provoquant des perturbations majeures.
Un exemple significatif concerne une attaque visant le groupe La Poste, qui aurait subi plusieurs milliards de tentatives de connexion par seconde. Les volumes de données utilisés lors de ces offensives atteignent désormais des niveaux technologiques inédits, dépassant parfois les dizaines de térabits par seconde.
Certaines de ces attaques sont attribuées à des collectifs soupçonnés d’entretenir des liens avec des services étatiques étrangers, soulignant la dimension géopolitique croissante des cybermenaces.
Les fuites massives de données, nouveau défi stratégique
Les violations de données personnelles constituent une autre tendance préoccupante. En 2025, plus de 2,6 milliards d’informations auraient été compromises, en forte progression par rapport à l’année précédente.
Le secteur financier apparaît particulièrement exposé en raison de la nature sensible des informations qu’il conserve. L’attaque contre un fournisseur de logiciels financiers a entraîné la divulgation de données appartenant à plusieurs institutions majeures.
Les spécialistes identifient désormais les prestataires externes comme un maillon critique de la sécurité informatique. Les grandes organisations s’appuient sur des réseaux complexes de sous-traitants, multipliant les points d’entrée potentiels pour les cyberattaquants.
L’intelligence artificielle, nouvel outil des cybercriminels
L’essor de l’intelligence artificielle transforme profondément les méthodes d’attaque. Les modèles capables d’analyser automatiquement des systèmes informatiques pourraient bientôt détecter des vulnérabilités et générer des codes malveillants sans intervention humaine directe.
Certains programmes expérimentaux utilisent déjà l’IA pour modifier régulièrement leur propre code afin d’échapper aux systèmes de détection. Par ailleurs, le détournement d’outils d’IA légitimes constitue une menace émergente. Des chercheurs ont démontré qu’il était possible d’introduire des instructions invisibles dans des courriels afin de manipuler des assistants numériques et provoquer l’exfiltration de données sensibles.
Les risques liés aux processus démocratiques
Le contexte électoral renforce également les inquiétudes. Les autorités françaises alertent sur les tentatives d’ingérence numérique visant à influencer l’opinion publique ou à fragiliser la confiance dans les institutions.
Les méthodes employées incluent la création de faux sites d’information, l’amplification coordonnée de messages sur les réseaux sociaux et l’utilisation de bots pour diffuser massivement des contenus trompeurs. L’intelligence artificielle permet également la production de contenus audiovisuels hyperréalistes, rendant la détection des manipulations plus complexe.
Ces stratégies ont déjà été observées lors de précédents scrutins internationaux et pourraient être réutilisées lors des échéances électorales à venir.
Une menace devenue systémique
La transformation numérique des organisations accroît leur dépendance aux systèmes informatiques et élargit mécaniquement la surface d’attaque. La cybersécurité ne relève plus uniquement d’un enjeu technique, mais d’une question stratégique impliquant la souveraineté économique, la stabilité politique et la continuité des services publics.
Dans ce contexte, les experts considèrent que la capacité d’anticipation et de résilience face aux cybermenaces deviendra un facteur déterminant pour les États et les entreprises dans les années à venir.
La cybersécurité s’impose désormais comme l’un des principaux champs de confrontation du XXIe siècle.


