Le Journal des Français est en mesure de révéler qu’une consigne circule désormais dans certains cours de préparation au concours de l’INSP (ex-ENA) : intégrer comme hypothèse de travail l’idée que la France pourrait se retrouver, à l’horizon 2029, sous une forme de « tutelle » ou d’assistance du Fonds monétaire international.
Il ne s’agit pas, dans la manière dont cela est présenté, d’une prophétie officielle de l’État français, mais d’un scénario pédagogique : une hypothèse de crise utilisée pour forcer les élèves à raisonner « sous contrainte », à prioriser des mesures, et à tester la robustesse d’un redressement budgétaire dans un cadre dur.
Pourquoi 2029 revient dans les projections
L’horizon 2029 apparaît régulièrement dans les débats de finances publiques pour une raison simple : c’est l’échéance affichée par les autorités françaises pour repasser sous le seuil européen de 3 % de déficit, et le FMI, dans ses échanges avec la France, insiste sur la nécessité de crédibiliser ce chemin.
Parallèlement, plusieurs analyses soulignent un basculement de dynamique de dette autour de la fin de décennie : quand le coût de la dette dépasse durablement la croissance nominale, « l’effet boule de neige » se remet à accélérer.
Enfin, le sujet est alimenté par la perspective d’une hausse marquée de la charge d’intérêts : des estimations citées dans la presse évoquent un service de la dette pouvant grimper très haut à l’horizon 2029, dans certains scénarios.
Que signifierait une « tutelle du FMI » pour un pays comme la France
Dans le langage courant, « tutelle du FMI » renvoie à un schéma classique : un pays qui n’arrive plus à se financer correctement demande une assistance au FMI ; l’aide s’accompagne d’un programme (cibles de déficit, réformes, calendrier) et d’un suivi régulier — la logique de conditionnalité est au cœur du mécanisme.
Appliquée à la France, l’expression est toutefois ambiguë :
- la France emprunte en euros, dans la zone euro, avec des mécanismes propres ;
- le FMI peut jouer un rôle (expertise, crédibilité, appui financier), mais il n’est pas, en principe, le « premier guichet » naturel d’un État de la zone euro en difficulté.
C’est précisément cette tension — entre image choc (« tutelle ») et réalité institutionnelle — qui rend le scénario utile en exercice… et inflammable en politique.
FMI, BCE, MES : quels filets de sécurité existent déjà
Pour un pays de la zone euro, l’architecture de crise passe d’abord par des instruments européens.
- Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a été créé pour fournir un soutien financier aux États de la zone euro qui n’arrivent plus, ou risquent de ne plus, accéder normalement au marché, avec des conditions attachées au programme.
- La BCE dispose aussi d’outils visant à contenir une fragmentation financière jugée « désordonnée », dont le Transmission Protection Instrument (TPI) décidé en juillet 2022.
Dit autrement : si une crise de financement surgissait, l’Europe a déjà des garde-fous, ce qui nourrit l’argument de ceux qui jugent l’hypothèse d’un « FMI aux commandes » peu probable à court terme.
Le débat public : entre dramatisation et scénario plausible « au pire »
Ce qui se glisse aujourd’hui dans la formation des candidats à l’INSP résonne avec une polémique déjà installée : en 2025, plusieurs responsables politiques ont brandi l’épouvantail d’une intervention extérieure pour justifier un tour de vis budgétaire, alors même que des économistes mettaient en garde contre la dramatisation.
Deux prises de position illustrent la ligne de fracture :
- Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, expliquait qu’on ne pouvait pas exclure un scénario de défaut/assistance, même si ce n’est pas le scénario central.
- À l’inverse, Pierre Duquesne, ancien administrateur français au FMI, jugeait l’évocation d’un recours au FMI infondée et potentiellement nuisible (risque d’effet auto-réalisateur).
Dans la presse économique internationale, le fil conducteur reste le même : inquiétude sur la trajectoire, difficulté politique à « faire passer » les mesures, et pression croissante des intérêts de la dette si les taux restent élevés.
Ce que ce scénario dit, en creux, de la formation des futurs décideurs
Qu’il soit jugé improbable ou non, le fait que l’hypothèse « FMI 2029 » devienne un cas d’école en prépa INSP a un sens : on prépare des candidats à arbitrer dans un environnement où la contrainte financière n’est plus un simple chapitre, mais une matrice de décision.
L’INSP forme une partie de ceux qui, demain, rédigeront des notes, piloteront des administrations, négocieront des trajectoires, ou porteront des réformes ; la question n’est donc pas seulement budgétaire, elle touche à la culture d’État.


