Les chiffres publiés récemment par l’Insee confirment une tendance que les gouvernements successifs refusent obstinément de regarder en face : la fonction publique continue d’enfler. En 2024, 32.800 agents publics supplémentaires ont été recrutés, portant les effectifs globaux à près de 5,9 millions de personnes.
Certains souligneront que la hausse ralentit par rapport aux 60.000 créations de postes en 2023. Argument commode mais trompeur. Car la trajectoire générale reste inchangée : la machine administrative française grossit année après année, sans jamais connaître la moindre remise en cause structurelle.
Depuis 1997, plus d’un million de fonctionnaires supplémentaires ont été embauchés. Sur la même période, la population française n’a progressé que de 14 %, quand la fonction publique a augmenté de 24 %. Cette disproportion illustre parfaitement la dérive d’un système devenu incapable de se maîtriser.
La grande hypocrisie politique
La responsabilité de cette explosion des effectifs publics dépasse largement les clivages partisans. Sous Jacques Chirac, la mise en place des 35 heures a mécaniquement provoqué une hausse massive des recrutements. Nicolas Sarkozy avait promis de freiner la progression avec la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Promesse abandonnée face aux réalités politiques.
François Hollande a poursuivi une politique de stabilisation apparente qui a rapidement laissé place à de nouveaux recrutements. Quant à Emmanuel Macron, son engagement initial de supprimer 120.000 postes a été balayé par la crise des Gilets jaunes puis par la pandémie de Covid-19, deux événements devenus les justifications parfaites pour relancer massivement les embauches publiques.
Entre 2017 et 2023, près de 176.000 agents supplémentaires ont ainsi été recrutés, enterrant définitivement toute ambition de réforme profonde.
Les collectivités territoriales, championnes de l’emballement
Si l’État reste le premier employeur public avec environ 2,5 millions d’agents, la fonction publique territoriale détient le record de croissance. Depuis la fin des années 1990, les collectivités locales ont recruté près de 588.000 agents supplémentaires, soit une hausse de 46 %.
Ce chiffre illustre une réalité souvent passée sous silence : la décentralisation s’est transformée en multiplication des structures administratives, des compétences croisées et des doublons bureaucratiques. Chaque réforme territoriale promettait de simplifier l’organisation publique. Elle n’a produit, dans les faits, qu’un empilement de couches administratives supplémentaires.
Contractuels ou titulaires : une illusion statistique
Certains défenseurs du système tentent de relativiser l’augmentation globale en soulignant que le nombre de fonctionnaires titulaires baisse légèrement. L’argument est trompeur. Car la hausse des effectifs repose désormais largement sur les contractuels, dont le nombre a explosé.
En 2024, près de 36.000 contractuels supplémentaires ont été recrutés, pendant que le nombre de titulaires reculait marginalement. Résultat : la masse salariale publique continue d’augmenter, tout comme les charges supportées par les finances publiques.
Une facture toujours plus lourde pour les contribuables
Cette inflation administrative n’est pas sans conséquences. Le coût des agents publics augmente mécaniquement sous l’effet des revalorisations salariales, de la hausse du SMIC, de l’augmentation du point d’indice et des charges liées aux retraites.
Face à ces dépenses croissantes, l’État multiplie les prélèvements, creuse la dette et repousse les ajustements indispensables. Pendant ce temps, le secteur privé subit une pression fiscale toujours plus lourde, tout en devant affronter un ralentissement économique persistant.
Une trajectoire qui semble impossible à stopper
Certes, certaines collectivités annoncent vouloir ralentir leurs recrutements en raison des contraintes budgétaires et des échéances électorales locales. Mais ces signaux restent fragiles et temporaires.
Les projections de l’Insee évoquent déjà une nouvelle hausse des effectifs publics en 2025, estimée à environ 18.000 agents supplémentaires. Dans un contexte où l’emploi privé recule, la fonction publique apparaît comme un secteur protégé, quasiment immunisé contre les crises économiques.
Les tentatives de réforme évoquées par plusieurs responsables politiques, comme le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ou trois, ont rapidement été abandonnées face aux résistances syndicales et à la peur des mouvements sociaux.
L’État obèse qui refuse de se regarder dans le miroir
La France détient déjà l’un des taux d’emploi public les plus élevés d’Europe. Pourtant, aucune volonté politique sérieuse ne semble émerger pour rationaliser la dépense publique et moderniser l’organisation administrative.
Chaque crise devient un prétexte pour recruter davantage. Chaque réforme annoncée se transforme en ajustement cosmétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de grimper, laissant aux générations futures la charge de financer ce modèle devenu incontrôlable.
Et pendant que l’État embauche sans compter, ce sont les contribuables qui continuent, silencieusement, de payer la facture d’un système qui refuse obstinément de se réformer.


