La France insoumise fait-elle de la couleur de peau un argument électoral ?

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À l’approche des élections municipales de 2026, plusieurs déclarations publiques de responsables et de candidats de La France insoumise ont suscité une controverse croissante. En cause : l’usage répété de critères liés à la couleur de peau, à l’origine ou à la « racisation » comme éléments de légitimation politique et électorale. Ces propos, tenus lors de meetings, d’interventions médiatiques ou sur les réseaux sociaux, rompent avec la tradition universaliste longtemps revendiquée par la gauche radicale.

Jean-Luc Mélenchon et la notion de « nouvelle France »

Le signal politique est d’abord venu de Jean-Luc Mélenchon lui-même. Lors d’un discours prononcé à Villeurbanne, le fondateur de La France insoumise a employé l’expression de « grand remplacement » en la retournant ironiquement, évoquant une « nouvelle France » appelée à succéder à l’ancienne par un simple jeu générationnel. Si l’intéressé a par la suite plaidé la provocation ou l’humour, cette reprise lexicale a marqué une rupture symbolique forte, en installant la question identitaire au cœur du discours insoumis.

La couleur de peau comme critère de représentation

Plusieurs cadres du mouvement ont ensuite franchi un pas supplémentaire. L’eurodéputée Rima Hassan a ainsi déclaré que, dans un État qu’elle qualifie de raciste, le nom et la couleur de peau constituaient des éléments politiques déterminants, appelant explicitement à élire « celles et ceux qui nous ressemblent ». Cette affirmation, formulée lors d’un meeting municipal, assume une logique de représentation fondée sur l’appartenance ethno-raciale.

Aly Diouara et la question du « porte-parolat »

Candidat à La Courneuve, le député Aly Diouara a tenu des propos similaires, évoquant la nécessité de candidats capables de défendre certaines convictions « dans leur chair ». Cette formule, reprise à plusieurs reprises, suggère que l’expérience politique légitime passerait d’abord par l’appartenance raciale ou culturelle, et non par le projet ou le programme défendu.

Des déclarations assumées chez plusieurs élus insoumis

La dynamique ne se limite pas à quelques figures isolées. En décembre, le député Sébastien Delogu, en déplacement en Seine-Saint-Denis, a appelé à confier la direction de certaines communes à des candidats « racisés », au nom d’un supposé « réel peuple de France ». Quelques semaines plus tard, Carlos Martens Bilongo est allé plus loin encore, évoquant une supériorité numérique, intellectuelle et démographique de certains groupes, propos qui ont suscité de vives réactions jusque dans son propre camp.

Danièle Obono et la critique de la « gauche blanche »

Ancienne figure centrale de l’aile décoloniale de LFI, Danièle Obono a qualifié la Fête de l’Humanité de « fête de la gauche blanche », regrettant l’image renvoyée par les rassemblements traditionnels de la gauche. Ces propos, tenus publiquement, s’inscrivent dans une critique plus large de l’universalisme républicain, jugé incapable de rendre compte des réalités sociales contemporaines.

Une défense prudente de la direction du mouvement

Face aux critiques, la direction de La France insoumise a tenté de temporiser. Le coordinateur national Manuel Bompard a rappelé que le vote municipal devait avant tout porter sur un programme, tout en estimant légitime de vouloir des élus « plus représentatifs » de la population. Une ligne de défense qui peine toutefois à dissiper l’impression d’un glissement idéologique assumé.

Une contradiction avec l’héritage républicain revendiqué

Le contraste est d’autant plus frappant que Jean-Luc Mélenchon défendait encore, au début des années 2000, une vision strictement universaliste de la République, affirmant que la France ne reposait ni sur l’ethnie, ni sur la religion, ni sur la couleur de peau. Le décalage entre ces positions anciennes et les discours actuels de nombreux cadres de LFI nourrit aujourd’hui un malaise jusque dans les rangs de la gauche traditionnelle.

Alliances locales et malaise à gauche

Malgré ces polémiques, des discussions d’alliances demeurent possibles entre LFI et d’autres formations de gauche au second tour des municipales. Une situation qui interroge sur la capacité des partis partenaires à concilier leurs références républicaines avec des discours de plus en plus marqués par la politique identitaire.

La campagne municipale de 2026 révèle ainsi, au-delà des stratégies électorales, une fracture idéologique profonde sur la définition même de la représentation politique en France.

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