Une soixantaine de personnalités politiques, universitaires et intellectuels ont récemment publié une tribune plaidant pour l’instauration d’un scrutin proportionnel aux élections législatives avant l’échéance présidentielle de 2027. Parmi les signataires figurent notamment l’ancien président François Hollande, les ex-Premiers ministres Élisabeth Borne et Bernard Cazeneuve, ainsi que plusieurs responsables politiques issus de formations différentes.
Cette initiative, relayée notamment dans La Tribune Dimanche, a été lancée par plusieurs députés appartenant à des sensibilités variées : Erwan Balanant (MoDem), Guillaume Gouffier-Valente (Renaissance), Jérémie Iordanoff (écologiste) et Marie Récalde (PS). Elle bénéficie également du soutien de figures politiques telles que Marc Fesneau, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud ou encore Patrick Kanner.
À leurs côtés, plusieurs politologues, historiens et chercheurs, ainsi que des personnalités issues de think tanks, ont apporté leur signature au texte.
Les critiques adressées au scrutin majoritaire
Les promoteurs de cette réforme estiment que le système électoral actuel, fondé sur le scrutin majoritaire à deux tours, limite la capacité à construire des majorités parlementaires représentatives de la diversité politique française.
Selon eux, ce mode de scrutin favoriserait des situations de blocage politique et contribuerait à dégrader l’image de la démocratie. Les signataires avancent également que le système majoritaire pourrait amplifier artificiellement la domination d’un parti en transformant une minorité relative de voix en majorité absolue de sièges à l’Assemblée nationale.
Ils évoquent notamment le risque qu’un parti obtienne une majorité parlementaire avec un tiers des suffrages exprimés, en raison de l’effet dit du « winner takes all ».
L’argument de la menace populiste
Les défenseurs de la proportionnelle mettent également en avant un argument politique majeur : selon eux, le maintien du scrutin majoritaire favoriserait la progression des partis populistes, notamment à l’extrême droite, en amplifiant leurs succès électoraux.
Ils estiment qu’une représentation proportionnelle permettrait de mieux refléter la pluralité des opinions politiques et de limiter le risque de concentration excessive du pouvoir exécutif, déjà jugé important dans le cadre institutionnel de la Cinquième République.
Certains signataires vont jusqu’à établir des parallèles avec des évolutions politiques observées à l’étranger, estimant qu’un tel déséquilibre institutionnel pourrait fragiliser les garanties démocratiques.
Une réforme jugée politiquement réalisable
Les signataires affirment que la réforme pourrait être adoptée rapidement. Ils soulignent que plusieurs groupes parlementaires se sont déjà montrés favorables à l’introduction d’une dose de proportionnelle. Une proposition de loi a d’ailleurs été déposée à l’Assemblée nationale en octobre dernier et un texte similaire devrait prochainement être présenté au Sénat.
Ils appellent ainsi à une inscription rapide du projet à l’ordre du jour parlementaire, estimant que le calendrier politique permettrait encore une réforme avant les prochaines élections nationales majeures.
Une question qui divise profondément la classe politique
Le débat autour de la proportionnelle ne date pas d’hier et revient régulièrement dans la vie politique française. Ses partisans y voient un moyen d’améliorer la représentativité démocratique et d’encourager la formation de coalitions parlementaires. Ses opposants, eux, redoutent une fragmentation excessive de l’Assemblée nationale et une instabilité gouvernementale chronique.
Le scrutin majoritaire, instauré pour garantir la stabilité institutionnelle sous la Cinquième République, reste pour ses défenseurs un pilier du fonctionnement politique français.
La relance de ce débat à l’approche de 2027 montre que, derrière la question technique du mode de scrutin, se joue en réalité une bataille stratégique majeure sur l’équilibre futur du pouvoir politique en France.
La réforme du mode de scrutin apparaît désormais comme l’un des enjeux institutionnels les plus explosifs des prochaines années.

