L’école devait être un refuge. Elle est devenue, une fois de plus, le théâtre d’une violence brute, sidérante, impossible à banaliser. À Sanary-sur-Mer, dans le Var, une enseignante d’arts plastiques a été grièvement blessée après avoir été attaquée au couteau par un élève de seulement 14 ans, en plein cours, devant ses camarades.
La scène glace le sang. Elle dit aussi beaucoup du climat qui s’installe lentement mais sûrement dans certains établissements français.
Une attaque d’une brutalité sidérante
Les faits se déroulent au collège La Guicharde, établissement jusqu’ici réputé paisible. En plein cours, devant une classe d’une vingtaine d’élèves, l’adolescent s’en prend soudainement au professeur. Plusieurs coups de couteau sont portés, notamment au torse et à l’abdomen.
La victime, âgée d’une soixantaine d’années, a été transportée en urgence absolue vers l’hôpital d’instruction des armées de Toulon. Son pronostic vital a été engagé, confirmant l’extrême gravité de l’agression.
L’assaillant, lui, n’a pas tenté de fuir très loin. Interpellé rapidement dans l’enceinte de l’établissement par du personnel éducatif, il a été placé en garde à vue pour tentative d’assassinat. Une qualification pénale lourde, qui reflète la préméditation des faits.
Pour l’heure, selon le parquet, aucune motivation politique ou religieuse n’a été identifiée. Une précision devenue presque rituelle dans ce type d’affaires, mais qui ne change rien au choc provoqué.
Un acte qui naît d’un conflit disciplinaire
Les premiers éléments de l’enquête évoquent des tensions anciennes entre l’élève et son enseignante. Le jeune garçon lui reprochait, semble-t-il, des signalements disciplinaires effectués à son encontre.
Autrement dit, l’enseignante aurait été attaquée pour avoir exercé son métier.
Cette dimension interroge profondément. Depuis plusieurs années, les enseignants décrivent une érosion progressive de leur autorité. Les sanctions sont contestées, les avertissements tournés en affront personnel, et la hiérarchie éducative elle-même hésite parfois à soutenir pleinement ses personnels, de peur d’envenimer des situations jugées « sensibles ».
Dans ce contexte, la frontière entre contestation et violence devient de plus en plus fragile.
Une communauté éducative sous le choc
Les cours ont été suspendus. Le collège reste ouvert uniquement pour permettre aux élèves et aux enseignants de bénéficier d’un soutien psychologique.
Le préfet du Var a rappelé que l’établissement était connu pour sa tranquillité et la cohésion de son équipe pédagogique. Une remarque qui souligne un fait inquiétant : ces violences ne concernent plus uniquement les établissements réputés difficiles.
La brutalité peut surgir partout, y compris dans des environnements considérés comme sereins.
La question de la protection des enseignants
Depuis plusieurs années, syndicats et professeurs alertent sur la multiplication des agressions, physiques comme verbales. Les statistiques officielles évoquent déjà plusieurs milliers d’incidents graves chaque année dans les établissements scolaires français.
Pourtant, malgré les plans successifs, les dispositifs de sécurisation restent limités. La présence policière demeure exceptionnelle, les fouilles sont rares, et la responsabilité de maintenir l’ordre repose encore largement sur les équipes éducatives elles-mêmes.
Face à un élève armé, ces personnels se retrouvent totalement démunis.
Un symbole de l’effondrement de l’autorité scolaire
L’affaire de Sanary ne peut être réduite à un simple fait divers. Elle illustre une mutation plus profonde du rapport entre élèves et institution scolaire. L’enseignant, autrefois incarnation d’une autorité incontestée, devient parfois une figure contestée, voire hostile.
Lorsque sanctionner un comportement peut susciter une haine suffisamment forte pour mener à une tentative d’assassinat, c’est tout l’équilibre de l’école républicaine qui vacille.
Derrière cette tragédie, c’est une question fondamentale qui ressurgit : peut-on encore transmettre le savoir dans un climat où enseigner peut devenir dangereux ?
L’école ne pourra survivre que si ceux qui la font vivre ne doivent plus risquer leur vie pour accomplir leur mission.

