La Journée Défense et Citoyenneté a subi un lifting

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La scène se veut solennelle : lever des couleurs, Marseillaise chantée en chœur, groupes baptisés « bleu, blanc, rouge ». Le décor est martial, les mots soigneusement choisis, l’intention affichée sans détour : redonner du sens à la journée d’appel, rebaptisée désormais « journée de défense et de citoyenneté », et bientôt « journée de mobilisation ».

Sur le papier, l’ambition pourrait sembler louable. Dans les faits, elle ressemble surtout à une opération de communication.

Une réforme spectaculaire pour masquer le vide

Depuis des années, la journée d’appel était vécue comme une formalité administrative, souvent expédiée, rarement mémorable. Le pouvoir a donc choisi la solution la plus simple : la rendre spectaculaire. Tir laser, jeux de stratégie géopolitique, manipulation de rations militaires, essayage de gilets pare-balles : la panoplie est complète.


Mais à force de vouloir capter l’attention, l’État donne surtout l’impression de compenser par le décorum ce qu’il n’est plus capable de transmettre par l’exemple. Car pendant que l’on fait tirer des adolescents sur des cibles factices, l’armée réelle, elle, manque de moyens, de munitions, d’effectifs, et parfois même de clarté stratégique.

La confusion entre citoyenneté et mise en scène

La citoyenneté ne se décrète pas à coups de gadgets. Elle se forge par l’autorité de l’État, la cohérence des institutions, le respect du droit et la continuité historique. Or tout cela fait aujourd’hui défaut.

En présentant la défense nationale sous une forme ludique, on prend le risque de transformer un sujet grave en animation de colonie de vacances. Certains jeunes s’enthousiasment, d’autres se sentent mal à l’aise, et quelques-uns expriment déjà un malaise très lucide : la guerre n’est pas un jeu, l’engagement militaire n’est pas une expérience immersive d’une demi-journée.

Une armée instrumentalisée par le politique

Cette JDC nouvelle formule ressemble moins à une préparation qu’à une vitrine. L’armée y est convoquée comme décor, comme symbole rassurant, pendant que les choix politiques la privent de sa substance. On exhibe l’uniforme, mais on évite soigneusement toute réflexion sur la souveraineté, la dépendance stratégique, ou l’effacement diplomatique de la France.

Le paradoxe est frappant : jamais l’État n’a autant parlé de défense, alors qu’il n’a jamais été aussi incapable de l’assumer pleinement.

Une jeunesse à qui l’on propose des symboles plutôt qu’un avenir

Derrière les sourires, les rations allégées et les jeux de cartes géopolitiques, demeure une réalité brutale : une jeunesse confrontée à l’insécurité, à la précarité, à l’effondrement scolaire et à l’absence de repères durables.

Plutôt que de restaurer l’autorité à l’école, le respect des frontières ou la cohérence nationale, le pouvoir préfère offrir une journée scénarisée, calibrée, presque publicitaire, où l’on mime ce que l’on n’ose plus être.

La République ne manque pas de jeux, elle manque de courage.

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Le Journal des Francais