Eugénie Bastié a donc tranché. Dans une tribune publiée sur Le Figaro, la journaliste explique doctement que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs ne poserait aucun problème de principe, et que les inquiétudes liées aux libertés publiques relèveraient de la « panique libertarienne ». Le décor est planté : pour sauver les enfants, on peut rogner sur les libertés, contrôler les identités, normaliser la surveillance. Une vieille musique, parfaitement accordée avec la fin de règne macroniste.
Le ralliement discret à l’idéologie du contrôle
Depuis plusieurs années, le pouvoir avance à pas feutrés vers une société de traçage généralisé : pass sanitaire hier, vérification d’âge aujourd’hui, identité numérique demain. Chaque étape est présentée comme technique, neutre, temporaire, protectrice. Le vocabulaire change, la logique reste.
En venant justifier ce nouvel outil de contrôle, Eugénie Bastié ne fait pas que commenter l’actualité. Elle apporte une caution « de droite » à un projet fondamentalement étatique, centralisateur et technocratique. Le même logiciel que celui d’Emmanuel Macron, simplement emballé dans du conservatisme moral.
Protéger les enfants ou habituer les adultes à être fichés
L’argument est imparable sur le papier : qui serait contre la protection des mineurs ? Mais derrière cette évidence émotionnelle se cache un mécanisme autrement plus large : rendre normale l’obligation de prouver son identité pour accéder à des espaces d’expression.
Aujourd’hui pour TikTok, demain pour poster une opinion jugée sensible. L’histoire récente montre que les outils créés pour des motifs « exceptionnels » finissent toujours par devenir permanents.
Ce n’est pas une pente glissante abstraite. C’est un modèle administratif parfaitement documenté.
La droite médiatique découvre soudain les vertus de l’État fort
Il fut un temps où la droite intellectuelle se méfiait instinctivement de l’ingérence étatique, de la bureaucratie intrusive, de la surveillance des comportements privés. Ce temps semble révolu.
Désormais, l’État est présenté comme un tuteur bienveillant, rationnel, presque moralement supérieur aux familles, aux individus, aux communautés naturelles. Une vision profondément jacobine, parfaitement compatible avec le macronisme, mais radicalement étrangère à toute tradition libérale ou conservatrice authentique.
Macronisme finissant, soutiens recyclés
Le macronisme arrive à bout de souffle. Plus de majorité solide, plus de projet mobilisateur, plus de récit collectif crédible. Reste l’arsenal réglementaire, la gouvernance par la contrainte douce, la gestion algorithmique des comportements.
Dans cette phase terminale, chaque ralliement compte. Celui d’une figure médiatique classée « à droite » est précieux : il permet de donner l’illusion d’un consensus, d’un dépassement des clivages, d’une mesure « raisonnable ».
La mécanique est connue : quand le pouvoir s’isole, il recrute chez ses opposants supposés.
La fausse droite enlève enfin le masque
Ce que révèle cette tribune n’est pas un simple désaccord ponctuel. C’est une ligne idéologique cohérente : ordre administratif, confiance dans l’appareil d’État, méfiance envers les libertés désordonnées, soupçon envers la société civile.
Une droite de plateau télé, rassurée par les institutions, fascinée par l’expertise, hostile au réel dès qu’il déborde des cadres.
Une droite qui parle d’autorité mais redoute la liberté.
Une droite qui critique Macron le matin et reprend ses outils le soir.
Le macronisme mourra peut-être bientôt, mais il laisse derrière lui une génération de gestionnaires dociles qui continueront à appeler « protection » ce qui ressemble de plus en plus à une mise sous tutelle.

