L’Hermione, symbole historique en danger économique

Photo : Jean-Pierre Bazard / WikiMedia / Creative Commons

Réplique fidèle de la frégate qui transporta La Fayette vers l’Amérique en 1780, L’Hermione est devenue en une dizaine d’années l’un des symboles les plus visibles du patrimoine maritime français. Après plusieurs campagnes de navigation et de grands événements publics, le navire est toutefois immobilisé depuis 2021 à Bayonne, où il subit une lourde restauration de sa coque, attaquée par des champignons lignivores.

Le coût total des travaux est estimé à environ 10 millions d’euros. Selon la direction de l’association Hermione–La Fayette, propriétaire du bateau, près de 5 millions ont déjà été engagés, sans que les ressources issues des visites, des cotisations, des dons et des subventions publiques ne permettent de financer la totalité du chantier.

Le placement en redressement judiciaire

Faute de trésorerie suffisante pour poursuivre les réparations, l’association a été placée en redressement judiciaire il y a six mois. Cette procédure vise à permettre la poursuite de l’activité tout en recherchant une solution pour apurer les dettes et assurer la viabilité économique de la structure.


Depuis, les dépenses ont été gelées et les travaux interrompus, dans l’attente d’une clarification sur l’avenir juridique et financier du navire.

L’audience devant le tribunal de commerce

Le 28 janvier, le tribunal de commerce de La Rochelle examine la situation de l’association et les différentes options possibles. Deux scénarios principaux sont à l’étude : une prolongation du redressement judiciaire accompagnée d’un plan de reprise crédible, ou une liquidation judiciaire si aucune solution jugée solide n’est présentée.

La décision ne dépend pas uniquement de la valeur patrimoniale du bateau, mais essentiellement de la capacité des porteurs de projet à garantir des financements suffisants et durables pour achever la restauration puis assurer l’exploitation future de L’Hermione.

Des projets concurrents pour reprendre le navire

Au moins deux projets structurés ont été présentés. D’anciens marins ayant servi à bord proposent de transformer l’association en société coopérative d’intérêt commun, afin d’associer plus largement bénévoles, collectivités et partenaires privés à la gestion du navire.

Un autre projet est porté par Tugdual Jaouen, parent du navigateur Michel Jaouen, qui envisage un modèle fondé sur des cotisations ouvrant des droits à naviguer, combiné à une exploitation plus commerciale du bateau.

Dans les deux cas, les candidats à la reprise devront démontrer leur capacité à réunir plusieurs millions d’euros supplémentaires pour finaliser les travaux et remettre le navire en état de naviguer.

Un patrimoine coûteux à entretenir

L’Hermione, longue de 65 mètres et construite selon des techniques du XVIIIᵉ siècle, nécessite un entretien particulièrement lourd. Le bois utilisé, sensible à l’humidité et aux micro-organismes, impose des contrôles et des réparations régulières, bien plus onéreuses que pour un navire moderne.

Les experts rappellent que même après restauration, l’exploitation d’un tel bâtiment implique des charges annuelles élevées : équipage qualifié, assurances, infrastructures portuaires, maintenance et normes de sécurité maritime.

Une décision attendue dans les prochains jours

Le tribunal devrait rendre sa décision dans les jours suivant l’audience. Elle déterminera si L’Hermione peut bénéficier d’un nouveau délai pour tenter d’être sauvée ou si le projet devra être arrêté définitivement sur le plan juridique.

Quelle que soit l’issue, ce dossier illustre les difficultés croissantes rencontrées par les grands projets patrimoniaux lorsqu’ils reposent sur des structures associatives confrontées à des coûts techniques très élevés et à des ressources financières incertaines.

Une décision judiciaire dira bientôt si la frégate pourra reprendre la mer ou si son aventure s’arrêtera définitivement à quai.

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