Insécurité : le cri d’alarme inédit des policiers français

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La scène est inédite. Pour la première fois sous la Ve République, des syndicats de policiers appellent ouvertement les Français à manifester à leurs côtés. Non pour obtenir un avantage catégoriel, mais pour dénoncer un effondrement général : celui de la sécurité, de l’autorité et, au fond, de l’État lui-même.

Ce samedi, dans vingt-trois villes, les forces de l’ordre défileront avec les citoyens. À Paris, le cortège partira de la Bastille pour rejoindre la Nation. Le symbole est lourd.

Une police à bout, sans moyens et sans illusions

Les mots employés par les syndicats ne laissent guère place au doute : « criminalité structurée », « État qui recule », « impunité », « promesses sans actes ». On est loin du langage technocratique des communiqués feutrés.


Les policiers décrivent un quotidien fait de procédures interminables, de logiciels obsolètes, de locaux délabrés, de véhicules hors d’âge, d’effectifs insuffisants et d’une justice qu’ils estiment déconnectée du terrain.

Près de deux millions de procédures en souffrance. Des services d’enquête qui se vident. Des agents épuisés. Une hiérarchie coincée entre injonctions politiques contradictoires et pénurie budgétaire chronique.

Le tableau dressé n’est pas celui d’une profession capricieuse, mais celui d’un appareil régalien qui fonctionne sur inertie.

La faillite silencieuse de l’autorité

Ce que disent les policiers, beaucoup de Français le vivent déjà : l’autorité ne protège plus vraiment.

Agressions, trafics, cambriolages, zones entières échappant au contrôle réel de l’État, peines rarement exécutées, sentiment d’impunité quasi systématique pour les délinquants multirécidivistes. La chaîne pénale s’est distendue jusqu’à devenir méconnaissable.

Le paradoxe est cruel : jamais les discours politiques n’ont autant invoqué la « fermeté », et jamais les forces de l’ordre n’ont eu le sentiment d’être aussi seules.

Quand un policier encourt théoriquement plusieurs années de prison pour une agression contre lui, mais que la peine réellement prononcée se compte en mois avec sursis, le message est limpide.

Un appel direct au peuple, sans passer par le pouvoir

L’originalité – et la gravité – de l’initiative tient à sa cible : non pas le ministère, non pas le Parlement, mais la population elle-même.

Les syndicats ne demandent plus seulement des crédits ou des réformes techniques. Ils demandent un sursaut collectif.

Ils invitent les citoyens, les élus locaux, les associations de victimes à marcher avec eux. Comme si le contrat fondamental – l’État garantit la sécurité, le citoyen obéit aux lois – était désormais rompu.

Quand ceux qui incarnent la force publique en viennent à chercher un appui populaire pour se faire entendre, c’est que les canaux institutionnels sont perçus comme stériles.

Une crise qui dépasse la police

Le malaise policier n’est qu’un révélateur parmi d’autres.

Hôpitaux sous tension permanente, école désorientée, justice saturée, armée en sous-effectif chronique, frontières poreuses, centres de rétention débordés : tous les piliers régaliens présentent aujourd’hui les mêmes symptômes.

La police est simplement la première à dire publiquement ce que beaucoup constatent en silence : l’État moderne gère, communique, réglemente, mais ne protège plus.

Le moment de vérité

Cette marche ne résoudra rien à elle seule. Elle ne remplacera ni une réforme pénale sérieuse, ni une politique migratoire cohérente, ni un réarmement judiciaire, ni une restauration de l’autorité politique.

Mais elle marque un basculement psychologique.

Quand les policiers cessent de croire aux annonces ministérielles et s’adressent directement au pays réel, c’est que la crise n’est plus seulement sécuritaire, mais institutionnelle.

Et ce genre de fracture, dans l’histoire, ne se referme jamais tout à fait sans secousse majeure.

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