Depuis quelques années, un nom s’impose avec une régularité troublante dans le paysage économique européen : Daniel Kretinsky. Énergie, grande distribution, édition, médias, logistique, poste britannique, participation majeure chez TotalEnergies… L’homme avance vite, discrètement, méthodiquement. Trop méthodiquement, peut-être.
Son profil intrigue : avocat de formation, financier redoutable, stratège patient. En une décennie, il est devenu l’un des acteurs centraux de secteurs qui dépassent largement le simple cadre commercial. Or, ces secteurs structurent la souveraineté d’un pays.
Une mainmise progressive sur des secteurs vitaux
Fnac-Darty, Casino, Editis, GazelEnergie, centrales électriques, parts significatives dans TotalEnergies, médias nationaux : la liste donne le vertige.
Il ne s’agit plus de paris boursiers isolés, mais d’un maillage cohérent autour de fonctions essentielles : produire l’énergie, distribuer les biens, façonner l’opinion, contrôler des infrastructures critiques.
Dans n’importe quel autre pays, une telle concentration susciterait un débat politique majeur. En France, elle se déroule dans un relatif silence institutionnel.
Le retour discret du capitalisme de dépendance
La France aime se raconter qu’elle reste une grande puissance industrielle. La réalité est plus rugueuse : ses fleurons deviennent des cibles, ses entreprises affaiblies des proies, ses actifs stratégiques des lignes dans des portefeuilles internationaux.
Kretinsky n’est pas un cas isolé, mais il en est l’illustration la plus spectaculaire. Lorsque l’État se félicite qu’un investisseur étranger « sauve » des entreprises surendettées, il admet implicitement son propre échec à préserver un tissu économique autonome.
On ne parle plus de développement industriel, mais de gestion de liquidation contrôlée.
Un pouvoir sans légitimité démocratique
Daniel Kretinsky ne se présente à aucune élection. Il ne rend de comptes à aucun électeur français. Pourtant, ses décisions influencent déjà :
- des milliers d’emplois,
- l’orientation énergétique du pays,
- la ligne éditoriale de groupes médiatiques,
- la stabilité de grandes chaînes de distribution alimentaire.
Ce pouvoir n’est pas illégal. Il est simplement hors de contrôle politique réel.
Le risque systémique d’un homme clé
Que se passera-t-il le jour où ses intérêts divergeront frontalement de ceux de la France ?
Que se passera-t-il en cas de choc financier, de retournement stratégique, de pression géopolitique, ou simplement de revente massive d’actifs ?
Concentrer autant de leviers dans les mains d’un seul acteur privé, étranger de surcroît, crée une vulnérabilité structurelle.
Ce n’est pas du protectionnisme que de le constater. C’est du réalisme économique.
L’illusion du « chevalier blanc »
On célèbre aujourd’hui le « sauveur » qui reprend des entreprises en difficulté. On oublie que les véritables sauveurs construisent des industries solides, au lieu de gérer les ruines d’un modèle abandonné.
Le capitalisme de détresse finit toujours par coûter plus cher que l’investissement stratégique de long terme.
Et quand l’histoire se retournera, il sera trop tard pour redécouvrir les vertus de l’indépendance économique.
La souveraineté ne disparaît jamais dans un fracas, elle se dissout lentement, contrat après contrat, rachat après rachat, silence après silence.

