L’impôt sur la fortune, machine à faire fuir

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À chaque saison budgétaire, le même refrain revient, porté par une partie de la classe politique : il suffirait de taxer davantage les plus riches pour régler les problèmes de finances publiques. L’impôt sur la fortune, rebaptisé, réformé, amputé puis ressuscité sous diverses formes, est présenté comme une solution simple, presque morale. Une taxe qui flatterait le sens de la justice tout en remplissant les caisses de l’État.

Sauf que la réalité, elle, s’obstine à raconter une autre histoire.


Quarante ans d’aveuglement fiscal

Depuis sa création au début des années 1980, l’impôt sur la fortune n’a cessé de changer de nom et de formule : IGF, ISF, IFI. Les gouvernements passent, la logique demeure : frapper le patrimoine en espérant récupérer ce qui manque ailleurs.

Or les chiffres sont têtus. Les recettes générées, même dans les meilleures années, n’ont jamais compensé les pertes provoquées par les départs de contribuables fortunés, la chute d’investissements et le ralentissement de l’activité économique. Autrement dit, l’État prélève d’une main ce qu’il perd de l’autre, en plus abondant.

L’exil fiscal, phénomène structurel

Les ménages très aisés disposent d’un avantage décisif : la mobilité. Quand la pression fiscale devient dissuasive, ils changent de pays, tout simplement. Ce n’est ni un fantasme ni une posture idéologique, mais un comportement économique rationnel.

Chaque départ signifie moins d’impôt sur le revenu, moins de consommation en France, moins d’investissements locaux, moins de capitaux dans les entreprises nationales. Ce sont autant de recettes qui ne rentreront plus jamais dans les caisses publiques.

Des entreprises qui ne naîtront pas

Le coût le plus lourd est pourtant invisible. Derrière les chiffres budgétaires se cache une réalité plus grave : celle des projets abandonnés, des sociétés créées ailleurs, des talents qui développent leurs idées à Londres, Zurich, New York ou Singapour.

Quand un entrepreneur s’installe à l’étranger, il n’emporte pas seulement sa déclaration fiscale : il emporte ses futurs emplois, ses innovations, ses fournisseurs, ses sous-traitants, ses succès potentiels.

L’addition pour les classes moyennes

Contrairement au discours dominant, ce ne sont pas seulement les « riches » qui paient la facture. Moins d’entreprises, moins d’investissements, moins d’activité signifient moins d’emplois, moins de salaires dynamiques, moins de recettes sociales.

À la fin de la chaîne, ce sont les classes moyennes et populaires qui subissent les conséquences : chômage plus élevé, croissance plus faible, services publics sous-financés.

Une fiscalité devenue idéologique

L’impôt sur la fortune ne relève plus vraiment de l’économie, mais du symbole. Il sert à donner des gages politiques, à produire un effet d’annonce, à désigner des coupables commodes. Peu importe son efficacité réelle, pourvu qu’il alimente le récit d’une justice redistributive.

En quarante ans, cette taxe a été modifiée des centaines de fois, preuve qu’elle ne fonctionne jamais comme prévu et qu’il faut sans cesse la bricoler pour tenter d’en corriger les dégâts qu’elle produit elle-même.

La France persiste à confondre morale fiscale et efficacité économique, et continue de s’étonner que ses entrepreneurs prospèrent surtout… ailleurs.

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