À Davos, Trump privatise la diplomatie mondiale et lance son Conseil de la paix

Photo : Openverse

Donald Trump aime les symboles spectaculaires, les annonces solennelles et les dispositifs taillés à sa mesure. À Davos, il a ajouté une nouvelle pièce à cette panoplie en lançant son « Conseil de la paix », une organisation internationale dont il s’est proclamé président, architecte et arbitre suprême.

Derrière les mots feutrés de « stabilité » et de « réconciliation », se dessine une construction diplomatique inédite : centralisée, verticale, financièrement verrouillée, et entièrement dépendante de la volonté d’un seul homme.

Une cérémonie très politique

La scène se voulait grandiose : chefs d’État, représentants officiels, déclarations emphatiques, promesses de reconstruction et applaudissements choisis. Une vingtaine de pays, pour la plupart situés hors du cœur occidental, ont paraphé la charte fondatrice du Conseil. Trump, sourire appuyé, s’est félicité d’avoir créé « l’un des organismes les plus importants jamais imaginés ».


L’événement avait tout d’un acte de naissance soigneusement scénarisé : décor suisse, public trié, discours calibrés, et cette idée martelée que la paix mondiale peut désormais être administrée comme une entreprise performante.

Une charte à sens unique

Le document fondateur ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Le président du Conseil dispose du droit de nomination des membres, du contrôle des finances, d’un droit de veto absolu, du pouvoir d’arbitrage sur tous les différends internes et même de la faculté de dissoudre l’institution.

En langage moins diplomatique, il s’agit d’un poste de commandement global concentrant des prérogatives que même le secrétaire général de l’ONU n’a jamais possédées.

Le siège permanent s’achète, en outre, à prix d’or : un milliard de dollars. Une paix par abonnement, réservée aux États solvables ou désireux d’acheter une protection politique.

Gaza comme laboratoire

Le premier terrain d’expérimentation sera la bande de Gaza. Reconstruction, administration civile, investissements massifs, promesses d’emplois : le projet présenté ressemble davantage à un plan d’aménagement économique qu’à un processus diplomatique classique.

Jared Kushner, fidèle parmi les fidèles, a dévoilé des visions futuristes d’une enclave transformée en vitrine prospère, sorte de Singapour méditerranéenne sortie d’un cabinet de conseil.

Une condition domine cependant tout le reste : le désarmement total du Hamas. Sans cela, pas de fonds, pas de reconstruction, pas de paix.

L’Europe mise à distance

La plupart des États européens ont refusé de rejoindre l’initiative. Paris a invoqué le non-respect du cadre onusien et plusieurs incompatibilités avec la Charte des Nations unies.

Ce refus n’a guère troublé Washington. L’époque où l’Europe participait à l’architecture du monde semble révolue ; elle observe désormais, souvent à distance, pendant que d’autres dessinent les règles.

À Davos même, Trump a reçu un accueil froid, parfois méfiant, mais nul n’a réellement contesté la mise en scène.

L’Ukraine en arrière-plan

Le président américain n’a pas manqué d’intégrer la guerre en Ukraine à son récit pacificateur. Rencontre avec Zelensky, missions diplomatiques annoncées vers Moscou et le Golfe, hypothèse d’un dialogue tripartite : le Conseil de la paix se rêve déjà comme arbitre du conflit européen majeur du moment.

Vladimir Poutine, prudemment, a seulement promis d’« étudier » l’invitation à rejoindre l’organisation.

Une diplomatie privatisée

Le Conseil de la paix ne ressemble ni à l’ONU, ni à une alliance militaire, ni à un forum multilatéral classique. Il emprunte au conseil d’administration son vocabulaire, à l’entreprise sa logique financière, et au pouvoir personnel sa structure.

La paix devient un produit, la diplomatie un service, la souveraineté une variable négociable.

Trump ne dissimule d’ailleurs pas son mépris pour les institutions internationales traditionnelles, jugées lentes, inefficaces et encombrées de règles.

Le monde selon Trump

À Davos, le message était limpide : l’ordre international peut être refondé sans consensus universel, sans longues négociations, sans équilibres subtils, mais avec une autorité centrale forte, des contrats, et des intérêts bien compris.

Reste à savoir si cette paix administrée résistera au premier conflit sérieux, au premier désaccord financier ou au premier changement de locataire à la Maison-Blanche.

Car un ordre bâti autour d’un seul homme est toujours solide tant que cet homme est là… et terriblement fragile dès qu’il disparaît.

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