Immigration clandestine : l’État sort les biceps en papier mâché

Photo : Óglaigh na hÉireann / Creative Commons

La France « muscle sa réponse ». L’expression est belle, presque hollywoodienne. On s’attendrait à voir débarquer un Rambo en ciré jaune sur les plages du Pas-de-Calais. En réalité, il s’agit surtout d’une opération de communication soigneusement scénarisée, avec photos, éléments de langage et satisfaction ministérielle comprise.

Après des années à regarder les embarcations partir comme des bus de ligne — horaires variables, mais destination garantie — voilà que l’État redécouvre soudainement l’existence de la mer. Miracle administratif.


Dix ans de laxisme, une matinée de fermeté

Il aura donc fallu dépasser les 65.000 tentatives de traversée annuelles, installer durablement des filières mafieuses sur le littoral, transformer certaines communes en annexes de Calais version open world, pour que Paris annonce une « nouvelle stratégie ».

Une interception. Une seule. Et déjà les communiqués tombent, lourds de testostérone institutionnelle : « tournant », « première historique », « nouvelle doctrine ».

On n’arrête pas une inondation avec un parapluie, mais on peut toujours convoquer BFM.

Les passeurs remercient l’État pour sa prévisibilité

Pendant que les ministères découvrent le concept de dissuasion, les réseaux criminels, eux, ont plusieurs coups d’avance. Bateaux taxis, chargement en mer, moteurs sacrifiables, migrants jetables : le business model est rôdé, rentable, industrialisé.

Les autorités promettent désormais de viser les hélices avec des filets. Une idée brillante, à mi-chemin entre Fort Boyard et MacGyver, qui impressionnera sans doute davantage les journalistes que les trafiquants albanais.

Londres exige, Paris obéit

Détail savoureux : cette soudaine virilité maritime naît surtout sous pression britannique. Quand Londres tousse, Paris sort la musculation. Quand ses propres citoyens alertent depuis quinze ans, Paris organise des tables rondes.

La souveraineté, version start-up nation : externalisée quand ça arrange.

Gouverner, c’est poser devant l’objectif

Car le cœur de l’affaire est là : il ne s’agit pas tant d’empêcher les traversées que de prouver qu’on fait « quelque chose ». Peu importe l’efficacité réelle, pourvu qu’il y ait une photo, un chiffre, une phrase martiale.

Dans ce théâtre permanent, l’immigration clandestine sert de décor, les forces de l’ordre de figurants, et les Français de public captif.

Et pendant que la République « muscle sa réponse », les small boats, eux, continuent tranquillement leur séance de cardio transmanche.

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