« Conseil de paix » : le projet du président Trump pour remplacer l’ONU

Shealah Craighead OFFICIAL WHITE HOUSE PHOTO / Flickr / Creative Commons

Donald Trump a donc proposé la création d’une nouvelle organisation internationale baptisée « Conseil de paix », destinée officiellement à résoudre les conflits armés dans le monde. Derrière l’intitulé consensuel, l’objectif est limpide : se substituer à l’Organisation des Nations unies, jugée inefficace, lente et prisonnière de ses équilibres internes.

Le document fondateur, une « charte » de huit pages transmise à plusieurs capitales, critique explicitement les institutions multilatérales existantes et appelle à bâtir une structure plus « agile », plus rapide et recentrée autour d’un pouvoir exécutif fort.


Une organisation née du plan pour Gaza

À l’origine, ce Conseil de paix devait accompagner le plan américain de règlement du conflit à Gaza. Très vite, le périmètre a été élargi : la nouvelle structure ne se limiterait pas au Moyen-Orient, mais traiterait de tous les conflits présents et futurs.

Plusieurs pays ont déjà reçu une invitation officielle : France, Allemagne, Canada, Italie, Hongrie, Argentine, Brésil, Égypte, Jordanie, Turquie, Inde, Albanie, Paraguay, ainsi que la présidente de la Commission européenne. La Russie figure également sur la liste, Vladimir Poutine ayant été personnellement convié.

Une mission ambitieuse, formulée en termes très larges

Selon la charte, le Conseil de paix vise à « promouvoir la stabilité », « rétablir une gouvernance fiable » et « garantir une paix durable » dans les zones troublées. Ces formules volontairement extensives permettent d’intervenir aussi bien politiquement qu’économiquement, voire institutionnellement, dans les États concernés.

Le texte assume une rupture avec le multilatéralisme classique : il ne s’agit plus de rechercher un consensus universel, mais de constituer un noyau dur de pays jugés capables d’agir vite.

Donald Trump au centre de tout

Le fonctionnement interne tranche radicalement avec celui de l’ONU.

Donald Trump serait le premier président du Conseil de paix, avec des pouvoirs exceptionnels :

– il choisit seul les États invités
– il peut exclure un membre, sauf opposition des deux tiers des autres pays
– il contrôle l’ordre du jour
– il valide toutes les décisions, même votées
– il peut désigner lui-même son successeur

Son mandat n’est limité ni dans le temps ni par un mécanisme démocratique classique. En pratique, la fonction ressemble à une présidence à vie assortie d’un droit de veto généralisé. Un pouvoir quasi monarchique.

Un ticket d’entrée fixé à un milliard de dollars

La charte prévoit que les États membres siègent pour trois ans, renouvelables. Une exception majeure est introduite : les pays qui versent plus d’un milliard de dollars la première année obtiennent un statut particulier, non limité dans le temps.

Ce mécanisme crée de fait deux catégories de membres :

– les membres ordinaires, temporaires
– les membres « premium », achetant une position durable

L’organisation se finance donc dès l’origine par un modèle proche d’un club fermé avec prix d’adhésion.

Ce point marque une rupture historique. Jamais une organisation internationale censée gérer la paix mondiale n’a été structurée autour d’un droit d’entrée financier.

Le message est clair : la capacité d’influence ne dépend plus seulement du poids diplomatique ou militaire, mais aussi de la capacité à payer. Mais avouons-le, 1 milliard de Dollars US, pour n’importe quelle nation occidentale, c’est du domaine du pourboire.

Des réactions prudentes

La France a rappelé son attachement à la Charte des Nations unies et au principe d’égalité souveraine des États. Berlin évoque une concertation préalable avec ses partenaires européens. Moscou demande des « clarifications ».

En filigrane, beaucoup d’États perçoivent le projet comme une tentative de privatiser la gouvernance mondiale au profit de Washington.

Fait révélateur : la charte prévoit que l’organisation puisse entrer en fonction dès que trois États l’auront signée.

Autrement dit, aucune ratification globale, aucun seuil représentatif : un simple noyau minimal suffit pour lancer la machine.

Un bouleversement majeur de l’ordre international

Si le projet aboutissait, deux systèmes concurrents cohabiteraient :

– l’ONU, universelle, lente, juridiquement encadrée
– le Conseil de paix, restreint, rapide, dominé par un seul homme

Ce serait la fin de soixante-dix ans de multilatéralisme fondé sur l’équilibre, au profit d’un directoire politique assumé.

Une diplomatie à carte (bancaire) et à chef unique, qui pourrait bien fabriquer la paix comme on gère un conseil d’administration. Avec efficacité.

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Le Journal des Francais