Le budget 2026 n’est plus un texte financier. C’est un exercice de survie politique. Une négociation à huis clos, une addition présentée à découvert, et une majorité qui se cherche comme on cherche une sortie de secours dans un immeuble en feu.
Sébastien Lecornu ne gouverne plus, il compte les voix. Le pays peut attendre, les équilibres budgétaires aussi. L’urgence est ailleurs : éviter la censure, gagner du temps, repousser l’échéance.
Un budget écrit sous la menace
Officiellement, on parle de compromis. En réalité, on assiste à un marchandage à ciel ouvert. Le Parti socialiste réclame, le gouvernement concède, la dette applaudit.
Prime d’activité revalorisée, impôt sur le revenu « ajusté », aides sociales fusionnées, logement arrosé à coups de centaines de millions : chaque ligne budgétaire ressemble à une pièce jetée sur la table pour acheter quelques jours de tranquillité parlementaire.
Le tout sans financement clair, sans économies structurelles, sans réforme sérieuse.
Un budget d’intendance politique.
La démocratie par raccourci
Reste la procédure. 49.3 ou ordonnance.
Deux outils constitutionnels devenus réflexes pavloviens dès que le Parlement tousse. Deux manières différentes de dire la même chose : « vous n’avez pas vraiment votre mot à dire ».
Le gouvernement hésite, non par scrupule démocratique, mais par calcul tactique. Le 49.3 fâche le PS. L’ordonnance contourne tout le monde.
Dans les deux cas, le débat devient décoratif.
Le signal d’alarme venu de l’opposition
Marine Le Pen a mis des mots sur ce que beaucoup perçoivent confusément : un texte « affreusement néfaste pour le pays ».
Derrière la formule, un constat simple : plus de dépenses, moins de courage, aucune trajectoire sérieuse de redressement.
Pas d’économies sur l’immigration. Pas de remise à plat des contributions européennes. Pas de réforme de l’État obèse. Rien sur la machine administrative qui dévore l’impôt comme une chaudière sans thermostat.
Seulement des rustines.
Le grand théâtre du compromis
Le PS parle « d’avancées ». LFI dénonce des concessions ridicules. Les écologistes crient au vide financier. Le Medef s’inquiète. Le MoDem demande des garanties.
Chacun joue son rôle. Chacun prépare ses éléments de langage.
Et pendant ce temps, la France accumule les déficits comme on empile des dettes sur une carte bancaire déjà bloquée.
Gouverner, c’est choisir
Ici, on choisit surtout de ne pas trancher.
On évite les sujets explosifs. On repousse les décisions impopulaires. On maquille l’addition pour qu’elle passe mieux dans le brouhaha médiatique.
Ce budget n’est pas une vision. C’est un sursis.
Un texte pensé pour durer jusqu’au prochain vote, pas jusqu’à la prochaine génération.
Et comme souvent sous la Ve République fatiguée, on appellera cela « responsabilité », quand il s’agit surtout de peur de tomber.
La facture, elle, ne demandera pas son avis au Parlement.

