La scène se déroule loin des champs de bataille, dans des bureaux feutrés, sous des plafonds climatisés, avec des dossiers cartonnés pour seules munitions. Et pourtant, c’est bien une attaque en règle.
Le Parlement européen vient de donner son feu vert à une idée simple, brutale, parfaitement cohérente avec l’air du temps bruxellois : retirer aux États leur droit de décider eux-mêmes de leurs exportations d’armements pour le confier à la Commission européenne.
Autrement dit, dessaisir la France d’un levier stratégique majeur, sans vote populaire, sans débat national, sans autre forme de procès.
Bruxelles, capitale de la dépossession
Il n’y a plus vraiment de surprise. L’Union européenne avance toujours de la même manière : un rapport, un amendement, une directive, puis une « harmonisation ». Et à l’arrivée, une compétence nationale de moins.
Après la monnaie, les frontières, la politique commerciale, une large part de la législation, voici maintenant la défense industrielle.
Les eurodéputés expliquent que « la situation sécuritaire exige une approche cohérente ». Traduction : Paris n’est plus jugé capable de décider seul avec qui il commerce, même quand il s’agit de Rafale, de systèmes de défense antiaérienne ou de frégates.
La France, deuxième exportateur mondial d’armements, devrait donc demander la permission.
À Bruxelles.
Une souveraineté tolérée, tant qu’elle ne dérange pas
Pour les technocrates européens, la souveraineté est devenue une curiosité folklorique. On la tolère dans les discours officiels, on la cite lors des commémorations, mais on l’évacue dès qu’elle devient concrète.
Décider à qui l’on vend ses armes, c’est pourtant décider :
– de ses alliances,
– de sa diplomatie réelle,
– de son indépendance stratégique,
– de la survie de milliers d’emplois industriels,
– et, en dernier ressort, de sa capacité à ne dépendre de personne pour se défendre.
Tout cela, Bruxelles considère désormais que c’est « trop important » pour être laissé aux nations.
La méthode douce de la mise sous tutelle
Personne ne parle d’annexion. Personne ne parle de confiscation. Le mot est banni. On préfère « mécanisme commun », « cadre européen », « procédure partagée ».
Mais le résultat est limpide : une autorité extérieure déciderait si un contrat signé par la France est acceptable ou non.
Un partenariat stratégique avec les Émirats arabes unis ?
Un accord industriel avec un pays asiatique ?
Un contrat majeur pour soutenir une filière entière ?
Il faudra attendre l’avis de commissaires européens que personne ne connaît et que personne n’a élus.
L’État stratège remplacé par le tableur Excel
La défense n’est pas un marché comme les autres. Ce n’est pas une ligne dans un fichier Excel. Ce n’est pas un produit réglementé comme le fromage au lait cru.
C’est une affaire de puissance, d’influence, de dissuasion, de crédibilité internationale.
En voulant transformer les exportations d’armes en simple procédure administrative européenne, l’Union poursuit sa spécialité : transformer le tragique en bureaucratie et la géopolitique en formulaire CERFA.
Et demain ?
Aujourd’hui les exportations.
Demain la production ?
Après-demain le choix des équipements de l’armée française ?
Puis la doctrine militaire, rédigée en anglais approximatif dans un open space de la Commission ?
La logique est implacable : quand on accepte la tutelle technique, on finit toujours par subir la tutelle politique.
La France n’est pas un département administratif de l’Union européenne, même si certains à Bruxelles semblent déjà l’avoir rangée dans leurs organigrammes.
Et à force de déléguer sa souveraineté par petits bouts, on finit un jour par se réveiller dans un pays qui ne décide plus de rien, pas même de qui tient la clé de son propre arsenal.
