Groenland : le Danemark menacé, l’Europe hésitante, la France en éclaireur

Photo : Visit Greenland

L’armée française déploie des soldats au Groenland. Quelques hommes, des troupes de montagne, intégrés à un exercice conduit par le Danemark, rejoints par la Suède et l’Allemagne. Officiellement, une mission de reconnaissance. Officieusement, un message politique adressé à Washington, alors que Donald Trump répète sans détour son intérêt stratégique pour l’île arctique.

Une île immense, convoitée depuis longtemps

Le Groenland n’est pas une lubie récente d’un président américain fantasque. Sa position géographique, au cœur des routes polaires, en fait une clé militaire majeure. Surveillance spatiale, détection de missiles, contrôle de l’Atlantique Nord : tout converge vers cette terre glacée. Les États-Unis y disposent déjà de la base de Pituffik et d’une présence militaire permanente.


L’Europe découvre aujourd’hui, avec un léger retard, que la géographie ne se négocie pas dans les communiqués.

Une « mission européenne » au parfum de symbole

Des soldats allemands, quelques Français, des annonces prudentes, aucune durée précisée : difficile d’y voir autre chose qu’un signal diplomatique. Paris parle de souveraineté, de solidarité avec le Danemark, de défense du droit international. Le vocabulaire est soigné, les effectifs minuscules.

Face à une superpuissance installée depuis des décennies, la démonstration ressemble davantage à une posture qu’à une stratégie.

L’Europe face à ses illusions militaires

Depuis des années, l’Union européenne proclame sa volonté d’« autonomie stratégique ». Dans les faits, l’Arctique reste sous contrôle américain, la dissuasion repose sur l’OTAN, et les armées européennes peinent à dépasser le stade de l’exercice coordonné.

Le Groenland agit comme un révélateur brutal.

Trump, brutal mais cohérent

Donald Trump ne dissimule rien : il considère l’île comme indispensable à la sécurité américaine. Son discours choque les diplomates, mais sa logique est limpide. Les grandes puissances raisonnent en territoires, en bases, en lignes de défense. L’Europe raisonne en sommets, en déclarations communes et en indignations feutrées.

Deux langages, deux mondes.

Une souveraineté proclamée, une dépendance assumée

Le Danemark invoque sa souveraineté, la France la soutient, l’Allemagne explique qu’il s’agit d’« examiner les conditions-cadres ». Mais en cas de crise réelle, chacun sait qui dispose des avions, des satellites, des moyens lourds.

La souveraineté européenne, au Groenland comme ailleurs, reste un concept élégant sans traduction militaire crédible.

L’expédition française dans le froid arctique n’est donc pas un tournant stratégique : c’est une note diplomatique armée, déposée sur la banquise pendant que les véritables rapports de force se dessinent à des milliers de mètres au-dessus du sol.

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