Rolland Courbis, l’entraîneur qui n’a jamais renié sa liberté

Photo : Karta24 / WikiMedia / Creative Commons

Ce lundi matin, le France du football a appris la disparition de Rolland Courbis à l’âge de 72 ans. Celui qu’on appelait familièrement “Coach Courbis” n’était pas seulement un technicien du ballon rond, mais une personnalité à part entière, traversée par des éclats de vie qui dépassaient largement les contours du sport.

Né dans les quartiers populaires des Aygalades à Marseille, Courbis a toujours porté avec lui cette énergie marseillaise, faite d’humour corrosif, de franchise et d’un appétit pour l’existence qui ne se limitait pas à une simple carrière de joueur ou d’entraîneur. D’abord défenseur rugueux mais doté d’un vrai sens du jeu, il a fait ses armes à l’Olympique de Marseille avant de briller à Sochaux et à Monaco, où il a décroché deux titres de champion de France, en 1978 et 1982. Plus tard, un passage surprenant à l’Olympiakos racontait déjà cette part d’audace qui fut la sienne tout au long de sa vie.


Sa carrière d’entraîneur fut tout aussi riche que diverse. Aux commandes de quinze clubs, parfois prestigieux, parfois modestes, il a toujours imposé sa marque : une réflexion tactique affûtée, une exigence de jeu et surtout une liberté de ton qui n’appartient qu’aux esprits indépendants. Ses retours à Montpellier, ses épisodes à l’OM ou ses escapades lointaines ont nourri un itinéraire où le football n’était jamais réduit à une routine.

Les amateurs de légendes du sport évoqueront longtemps le match mythique où, mené 4-0 à la mi-temps contre Montpellier, il a prophétisé un improbable 5-4 qui s’est concrétisé, symbolisant à la fois son culot et sa foi inébranlable dans le jeu. Mais Courbis n’était pas qu’un homme de football : il était une somme de contradictions assumées, oscillant entre succès lumineux et périodes d’ombre.

Car sa vie fut aussi marquée par des déboires judiciaires et des épisodes violents qui auraient pu briser d’autres hommes. Condamnations, relaxes, blessures graves… il a traversé ces tempêtes avec une franchise déconcertante. Jamais il n’a feint la vertu, reconnaissant volontiers ses erreurs, parfois avec une ironie mordante.

Dans ses dernières années, il avait troqué le vestiaire pour les studios de radio et de télévision. “Coach Courbis”, l’émission qu’il animait sur RMC, fut un concentré de son talent : anticipations claires, reparties vives, humour acerbe et cette manière singulière de dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. À travers ses interventions, il continuait de bousculer, d’éclairer et de faire sourire.

Aujourd’hui, le football français perd une voix qui n’appartenait qu’à lui, un tempérament qui faisait écho à une époque où les entraîneurs n’étaient pas simplement des calculateurs de résultats, mais des personnages publics, bruts, vivants. Les hommages affluent des quatre coins du pays, soulignant l’homme chaleureux, passionné et profondément humain qu’il fut.

Rolland Courbis laisse derrière lui une empreinte indélébile. Qu’on l’ait admiré ou parfois contesté, on ne peut nier qu’il a marqué de son sceau une part essentielle de notre patrimoine sportif.

Que son souvenir inspire la liberté de penser, l’amour du jeu et le courage d’être soi-même dans un monde qui l’était rarement autant que lui.



Le Journal des Francais