Star Academy : Anouk éliminée parce qu’elle est de droite ?

Illustration : LeJDF

Officiellement, Anouk a quitté la Star Academy à l’issue d’un vote du public et du jury, comme des dizaines de candidats avant elle. Officieusement, son éviction s’est immédiatement chargée d’une dimension autrement plus explosive. En quelques heures, les réseaux sociaux se sont transformés en tribunal populaire, non pas pour juger sa prestation artistique, mais pour disséquer ses opinions supposées.

Car ce qui s’est imposé dans le débat n’est ni sa justesse vocale ni son parcours dans l’émission, mais une série de « likes » repérés sur ses réseaux sociaux.

Les likes qui ont déclenché la tempête

Plusieurs internautes ont exhumé des captures d’écran montrant qu’Anouk avait liké des publications provenant des comptes officiels de Jordan Bardella et de Marine Le Pen. Des messages politiques classiques : prises de position sur l’immigration, critiques de l’Union européenne, déclarations sur l’insécurité, ou encore réactions à l’actualité parlementaire française.

Rien d’illégal, rien d’extrémiste. De simples interactions numériques, banales à l’ère des réseaux sociaux. Mais suffisantes, visiblement, pour déclencher une campagne de dénonciation.

Très vite, certains commentaires ont quitté le terrain artistique pour basculer dans l’anathème idéologique :
« On ne peut pas laisser gagner quelqu’un d’extrême droite »,
« TF1 ne doit pas promouvoir ce genre de profil »,
« Ses idées sont incompatibles avec les valeurs de l’émission ».

Le décor était planté.

La mécanique bien huilée de la disqualification morale

Le procédé est désormais classique. On ne débat plus d’un talent, on ne discute plus d’un parcours, on ne critique plus une prestation. On fouille les comptes personnels, on traque les clics, on dresse un procès d’intention. Le like devient preuve, le soupçon devient verdict.

Dans ce schéma, Anouk n’est plus une candidate, mais un symbole à abattre. Le simple fait d’avoir manifesté une sympathie numérique pour deux responsables politiques classés à droite suffit à la rendre suspecte.

Production muette, système opaque

Face à la polémique, la production s’est réfugiée derrière l’argument technique : les votes belges ne sont pas pris en compte. Explication complètement à côté de la plaque.

Car personne ne peut sérieusement ignorer le pouvoir éditorial d’une émission de ce type : choix des images, temps de parole, mise en place des prestations, réactions mises en avant, commentaires des professeurs, mise en récit globale du candidat.

Plusieurs téléspectateurs ont d’ailleurs noté que lors du prime décisif, les prestations concurrentes ont bénéficié d’un traitement émotionnel très favorable, tandis qu’Anouk apparaissait plus distante à l’écran, moins valorisée, moins « racontée ».

La fabrication d’une élimination passe rarement par un bouton magique. Elle s’opère lentement, par une accumulation de détails.

Le message implicite envoyé à toute une génération

Ce que cette affaire révèle surtout, c’est une règle tacite désormais solidement installée dans le paysage médiatique français : vous pouvez chanter, danser, pleurer à l’écran, mais surtout pas penser hors du cadre autorisé.

La télévision ne veut pas de citoyens, elle veut des profils neutres, interchangeables, lisses, sans aspérités idéologiques. L’engagement politique n’est toléré qu’à sens unique, lorsqu’il épouse les dogmes dominants.

À droite, un like devient une faute morale.
À gauche, un militantisme devient une vertu.

Cette asymétrie n’étonne plus grand monde.

La Star Academy comme laboratoire du conformisme

Le télécrochet se présente comme une compétition artistique. Il fonctionne de plus en plus comme un outil de normalisation culturelle.

Il ne s’agit plus seulement de sélectionner des voix, mais des profils compatibles avec l’idéologie du moment : progressistes, dépolitisés ou politiquement alignés. Tout le reste devient « problématique ».

Anouk en a fait l’expérience brutale.

Peut-être n’a-t-elle pas été éliminée uniquement pour ses likes. Peut-être. Mais le simple fait que cette hypothèse soit devenue crédible, discutée, jugée plausible par une partie du public dit déjà beaucoup de l’état de notre paysage médiatique.

Une affaire révélatrice d’une époque

La télévision n’exclut plus seulement pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on pense — ou pour ce que l’on clique.

Aujourd’hui, une note fausse s’oublie ; une opinion mal classée ne se pardonne plus.

Et c’est précisément ce glissement qui inquiète bien au-delà du sort d’une candidate de télé-réalité.

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Le Journal des Francais