« Dry January » : la nouvelle croisade contre la France du terroir

Photo : Roppo Baker

En ce début d’année, alors que la tradition française souhaite simplement savourer un verre de vin en bonne compagnie, une offensive étrange se dessine. Le phénomène du Dry January n’est pas seulement une mode passagère sans alcool en janvier, il symbolise une rupture, presque un reniement, envers ce qui a fait la France. Ce pays, dont l’histoire, la gastronomie et le lien social se sont nourris des vignobles, voit aujourd’hui le vin devenir cible d’un discours alarmiste et moralisateur.

Le vin devient bouc-émissaire

Ce n’est plus un débat mesuré sur la santé publique, mais une déferlante d’accusations contre le vin. Des acteurs associatifs, comme Addictions France, martèlent que le vin serait un “cocktail chimique” dangereux, comparant abusivement un verre de rouge à un soda ultratransformé. Un discours qui dépasse largement la prévention, pour entrer dans une critique systématique et presque militante.

Les vignerons, sidérés, ne comprennent plus. Dans les salons et les exploitations, on parle d’un climat d’hostilité croissante, où le vin est pris pour cible alors même que la consommation responsable est promue par la filière depuis des décennies.

Une déconsommation déjà tangible

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, la consommation d’alcool a chuté d’environ 60 % depuis les années 1960, alors que l’usage de drogues illégales progresse sur le même laps de temps. La profession viticole ne nie pas les enjeux de santé publique, mais refuse que le vin soit assimilé à un fléau universel ou qu’il soit diabolisé sans nuance.

Du débat social au procès moral

Plus inquiétant encore, ces positions n’en restent pas aux réseaux sociaux. À l’Assemblée nationale, des voix écologistes ont proposé des mesures comme l’interdiction de la vente d’alcool dans les buvettes ou une nouvelle taxation de la publicité, en marge de la loi Évin existante. Bien que rejetées, ces propositions traduisent une volonté grandissante de réguler encore plus strictement une boisson ancrée dans notre identité.

L’irlande en avant-poste

Pendant ce temps, en Europe, certains pays poussent encore plus loin l’affichage de messages de santé sur les bouteilles. L’Irlande prévoit dès 2026 d’imposer des avertissements très explicites, rompant avec une tradition de responsabilité partagée entre producteurs et consommateurs.

Une tradition menacée

La viticulture n’est pas seulement une industrie : elle est le reflet d’un art de vivre, d’une histoire, d’un terroir. Remplacer ce patrimoine par un discours centré sur la peur et la stigmatisation, c’est appauvrir la culture collective.

Face à ce climat, certaines voix s’élèvent pour proposer une alternative. Le mouvement du “French January” invite à célébrer la modération et la liberté de choix, défendant une approche raisonnée plutôt qu’un refus absolu de l’alcool. Cette démarche vise à rappeler que consommer du vin avec mesure n’est pas une transgression, mais un acte pleinement inscrit dans nos traditions.

Une offensive idéologique

Il ne s’agit plus simplement de santé publique, mais d’une logique idéologique qui s’appuie sur la peur et la culpabilisation. Dans ce contexte, associer systématiquement vin et danger ignore l’importance culturelle et économique de cette boisson, et finit par mépriser ceux qui en vivent et qui y consacrent leur savoir-faire.

Les viticulteurs ne se résignent pas. Ils rappellent qu’ils ont toujours promu la consommation responsable et qu’ils sont prêts à dialoguer mais pas à être réduits à des boucs-émissaires. Loin d’être un simple produit, le vin est un marqueur d’identité, un lien social, un patrimoine à défendre.

Sortir du manichéisme

Ce débat révèle avant tout une fracture de perception : d’un côté, une société qui tend à diaboliser ce qu’elle ne comprend plus ; de l’autre, des acteurs d’une filière qui réclament une juste reconnaissance de leur rôle. Pour avancer, il faudra sortir du manichéisme et reconnaître que la modération ne s’oppose pas à la liberté, mais la complète.

Vers une vraie responsabilité collective

Plutôt que de lancer des campagnes de peur, encourager l’éducation, la connaissance du vin et de ses traditions, tout en promouvant une consommation responsable, serait une voie plus équilibrée. À la croisée des enjeux de santé, de patrimoine et de liberté, la France se doit de préserver son art de vivre tout en protégeant ses concitoyens.

Le vin n’est pas l’ennemi ; il est une part inséparable de ce que nous sommes.

3 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires


Le Journal des Francais