Commission sur l’audiovisuel public : on veut museler l’enquête

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Une réunion déterminante du bureau de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public s’est tenue le 6 janvier à l’Assemblée nationale. Ce qui s’annonçait comme un travail d’investigation sérieux se retrouve désormais encadré par un ensemble de règles jugées répressives par certains députés.

Les députés représentants tous les groupes politiques ont acté plusieurs décisions visant à « garantir le bon fonctionnement » de l’instance. Derrière cette formule lénifiante se cachent des mesures qui restreignent sensiblement la communication autour des auditions et la liberté d’expression des rapporteurs.

Fin des réseaux sociaux en direct

L’une des premières nouvelles règles décidées consiste à interdire toute communication en temps réel sur les réseaux sociaux pendant les auditions. Jusqu’ici, le rapporteur Charles Alloncle, soutenu par certains membres de la commission, relayait abondamment les débats, suscitant une forte résonance publique. Cette pratique n’aura plus droit de cité.

Une diplomatie du silence

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a aussi imposé une discipline stricte : expression mesurée dans les médias, transmission préalable des documents évoqués, et respect de la dignité des personnes auditionnées. Si ces principes puissent paraître raisonnables à première vue, ils sont perçus par les opposants comme un carcan destiné à neutraliser l’action du rapporteur.

Une reprise des travaux sous haute surveillance

Les auditions, suspendues depuis la fin décembre, vont reprendre le 19 janvier. Certains des noms annoncés pour comparaître – chefs de sociétés de production et personnalités médiatiques – promettent des échanges tendus. Mais l’ambiance s’annonce déjà plombée par les nouvelles contraintes.

Opposition et critiques politiques

À gauche, la volonté de limiter l’exposition des travaux a été interprétée comme une tentative de « mettre fin aux travaux » plutôt que de les encadrer sainement. Pour plusieurs députés de l’opposition, il s’agit ni plus ni moins que d’une stratégie pour étouffer une enquête qui dérange.

Pour sa part, Charles Alloncle refuse de se laisser intimider. Son entourage assure que la détermination du député n’est pas altérée et que l’examen des volets « neutralité », « pluralisme » puis « financement » de l’audiovisuel public se poursuivra, malgré les obstacles dressés par la présidence de la commission.

Un débat sur la transparence ou sur le contrôle politique ?

Ce nouveau cadre de fonctionnement soulève une question essentielle : doit-on limiter la diffusion des travaux parlementaires sous prétexte de respect et de dignité, ou bien garantir une transparence maximale au public ? Là où certains voient une protection des auditionnés, d’autres y lisent une volonté de circonscrire politiquement une enquête jugée trop incisive.

La dispute n’est pas seulement procédurale ; elle est idéologique. Et elle laisse penser qu’à l’Assemblée nationale, l’audiovisuel public n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Le combat pour la transparence reste entier.

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