Washington assume l’usage de la force contre les régimes jugés hostiles

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Avec la capture de Nicolás Maduro, orchestrée manu militari à Caracas, les États-Unis ont franchi un seuil rarement atteint depuis la fin de la guerre froide. Cette opération n’est pas présentée comme un cas isolé, mais comme le premier acte d’une stratégie globale assumée.

Interrogé par la presse américaine, le président des États-Unis a d’ailleurs affirmé que « le Venezuela ne serait probablement pas le dernier pays frappé par une intervention américaine ». Cette déclaration s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie de sécurité nationale, dévoilée en décembre 2025 et rebaptisée doctrine « Donroe », référence explicite à la doctrine Monroe et à une vision hémisphérique du pouvoir américain.

Une doctrine de sécurité clairement revendiquée

La doctrine « Donroe » repose sur une idée centrale : réaffirmer la primauté stratégique, militaire et économique des États-Unis face aux régimes jugés hostiles. Dans cette logique, l’intervention vénézuélienne vise autant à neutraliser un adversaire qu’à envoyer un message dissuasif aux autres capitales.

Le président américain revendique une politique de puissance assumée, renouant avec des méthodes historiques d’intervention directe.

La Colombie, première cible potentielle en Amérique latine

Après Caracas, la Colombie apparaît comme la prochaine source de tension majeure. Washington accuse ouvertement le président Gustavo Petro de passivité face au narcotrafic, en particulier la production de cocaïne destinée au marché américain.

Donald Trump n’a pas dissimulé ses menaces, qualifiant la Colombie de pays « très malade », dirigé par un homme accusé de tolérer — voire de favoriser — les réseaux criminels. Il affirme vouloir mettre un terme rapide à cette filière, laissant entendre que des mesures coercitives pourraient être envisagées si Bogotá ne change pas de cap.

Le Mexique sous pression sécuritaire et économique

Le Mexique constitue un autre dossier prioritaire pour Washington. Avec plus de 3200 kilomètres de frontière commune, le pays est considéré par l’administration américaine comme un nœud central du trafic international de drogue, notamment de fentanyl, de cocaïne et de méthamphétamines.

En décembre 2025, le gouvernement mexicain a été sommé de livrer 55 barons de la drogue aux autorités américaines, dans une opération d’une ampleur exceptionnelle. Mais la pression ne se limite pas au champ sécuritaire : la Maison-Blanche accentue également les leviers économiques, dans un contexte où l’accord de libre-échange ACEUM doit être renégocié en 2026.

La présidente Claudia Sheinbaum a publiquement condamné le raid américain contre le Venezuela, une prise de position susceptible de tendre davantage les relations bilatérales.

Cuba, un régime fragilisé dans le viseur

Cuba figure également parmi les pays explicitement cités par Donald Trump. Placée sous embargo depuis 1962, l’île reste pour Washington un symbole idéologique majeur. La chute du régime vénézuélien prive La Havane d’un soutien économique essentiel, notamment en matière énergétique.

Le président américain estime que « Cuba est prêt à tomber ». Les difficultés économiques, la montée de la contestation sociale et les précédentes sanctions américaines visant le gouvernement de Miguel Díaz-Canel nourrissent cette analyse. De nouvelles sanctions diplomatiques et économiques sont envisagées à court terme.

Le Groenland, enjeu stratégique arctique

Parmi les territoires évoqués, le Groenland occupe une place singulière. Donald Trump a affirmé que les États-Unis « avaient besoin du Groenland » pour des raisons de sécurité nationale, estimant que le Danemark n’était pas en mesure d’en assurer seul la protection.

L’île, autonome au sein du royaume danois, revêt une importance militaire et géostratégique majeure : contrôle de l’Arctique, surveillance des activités russes et chinoises, anticipation de l’ouverture des routes maritimes liée à la fonte des glaces. Washington rappelle par ailleurs sa présence historique sur l’île depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Iran, au-delà de l’hémisphère américain

Enfin, l’Iran complète la liste des pays dans le viseur. Le régime est fragilisé par d’importantes manifestations internes et par un isolement économique renforcé depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire.

Donald Trump a averti que les États-Unis frapperaient « très durement » si le régime iranien recourait à une répression sanglante. Les sanctions imposées depuis 2019 ont déjà sévèrement affecté l’économie iranienne, et la Maison-Blanche affirme être prête à intervenir si la situation dégénérait.

Cette posture s’inscrit dans un contexte plus large de rivalités avec le tandem Chine–Russie, accusé de vouloir contester l’influence américaine sur plusieurs théâtres stratégiques.

Une ligne de puissance assumée

À travers ces différents dossiers, la présidence Trump affirme une ligne claire : l’usage explicite de la puissance comme instrument central de la politique étrangère américaine, sans exclure l’option militaire, y compris contre des États souverains.

La capture de Nicolás Maduro apparaît ainsi moins comme une fin en soi que comme le signal inaugural d’un cycle de rapports de force assumés, dont les répercussions pourraient durablement remodeler l’équilibre géopolitique mondial.

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